Le fils habite Montréal, au Québec; le père habite Abidjan, en Côte d’Ivoire. Il était supposé revenir au Canada, ce n’était pas comme ça que l’histoire devait se passer, mais ce n’est pas un conte de fées. C’est l’histoire d’un fils et son père qu’un océan sépare, c’est l’histoire d’une longue correspondance et d’un voyage pour tenter de mettre fin à la distance.
Neige sur Abidjan, c’est l’histoire d’Iannicko N’Doua, ou plutôt de ce qu’il en a fait. C’est l’histoire d’un garçon abandonné à quatre ans par son père qui retourne dans son pays natal en oubliant quelques choses d’important dans ses bagages. C’est une histoire de cartes d’anniversaires manqués, de mauvais coups de fil, d’absence, de réminiscences sur toute une vie à se demander, à imaginer, à combler le vide dans les albums de famille. Iannicko N’Doua joue sa propre histoire aux côtés d’un acteur malien, Hamadoun Kassogué, interprétant le rôle du griot, un être mythique dont la vocation est de garder vivante la mémoire de plusieurs générations d’une lignée familiale.
Neige sur Abidjan, c’est un voyage en 2008 du fils vers le père. Peut-être que ce n’est pas ainsi que l’histoire devait se passer, peut-être que c’était au père de revenir vers le fils, mais ce n’est ainsi qu’elle se passe. Le fils traverse les frontières géographiques et abolit la distance physique qui le sépare de ce pays-père imaginaire, imaginé. Il y découvre une culture dont il ne connaît pas les codes et toute une famille qu’il ignorait. Le jeune homme rencontre un père faillible, un père vieux et pauvre, peu loquace, à milles lieues de l’idée qu’il se faisait de lui.
Neige sur Abidjan entrelace intime et onirisme, quelque part entre fragments autofictionnels et scènes rêvées. Le griot assure cette présence empreinte de magie et de mystère, ponctuée des éclairages de Julie Basse. La scénographie de Max-Otto Fauteux permet de jouer avec les ombres, les doubles, la transparence et le voilement, pour mettre en scène ces deux hommes que tout relie et pourtant tout sépare. À la fin, il neige sur Abidjan dans une scène cathartique où le monde se refait, où la collision de deux univers engendre assez d’énergie pour créer un petit Big Bang.
Neige sur Abidjan est le récit de soi d’un voyage initiatique, d’une vie où tout se joue dans un avion en partance de Montréal vers la Côte d’Ivoire. C’est un texte doux et sensible qui parle de filiation, de devenir adulte, de distance et de mémoire. C’est dans une mise en scène sobre qu’Iannicko N’Doua livre son premier texte dramaturgique, triste et drôle; introspectif et universel. Deux décennies de séparation entre des études à Montréal et une soirée enflammée de coupé-décalé entre frère et sœurs récemment trouvé.e.s. Se cristallise un lien ténu malgré la colère et la tristesse; la blessure et la distance.
C’est une expérience intime et touchante qui prend place au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 23 novembre prochain.
