Avec Au revoir Pluton, la réalisatrice Sarianne Cormier signe un premier long métrage qui assume pleinement son esthétique singulière. À mi-chemin entre théâtre filmé, comédie musicale et cinéma jeunesse, le film propose une relecture poétique, et très québécoise, du destin de la célèbre planète déclassée.
Dès les premières minutes, le ton est donné. Décors en carton pâte, couleurs assumées, jeu volontairement naïf : Au revoir Pluton ne cherche jamais le réalisme. Il s’inscrit plutôt dans une esthétique rétro qui rappelle les émissions jeunesse d’un autre temps. Un choix audacieux, qui fonctionne, mais qui peut aussi déstabiliser.
Au cœur du récit, Pluton rêve de reconnaissance. Rejoindre le ballet du système solaire devient une métaphore limpide du besoin d’appartenance. Le film parle d’identité, de différence et d’acceptation, sans jamais perdre son public cible. L’amitié avec Cérès et la présence du personnage inspiré de Clyde William Tombaugh ajoutent une touche à la fois ludique et éducative.
Les numéros musicaux ponctuent le film avec une énergie sincère. Certains sont réellement réussis, d’autres un peu plus inégaux, mais l’ensemble reste cohérent avec l’univers proposé. On sent une volonté claire de créer un objet accessible, positif et porteur de valeurs, notamment sur l’environnement et la tolérance.
Narrativement, le film gagne en profondeur lorsqu’il aborde la chute de Pluton. La critique sociale s’installe alors en filigrane : pression du regard des autres, désinformation, rejet. Des thèmes très actuels, intégrés avec simplicité.
Côté interprétation, la distribution mise davantage sur l’enthousiasme que sur la précision. Cela sert l’univers du film, même si certaines performances manquent un peu de nuance.
Verdict
Au revoir Pluton n’est pas un film parfait, mais il a quelque chose de rare : une vraie personnalité.
C’est un conte spatial imparfait mais touchant, qui séduira surtout les familles et les amateurs de cinéma québécois qui sort des sentiers battus. Derrière son esthétique naïve se cache une réflexion sincère sur la place que l’on occupe dans le monde, et sur ce qu’on est prêt à faire pour être accepté.
Un film à voir pour son audace, et pour cette petite planète qui, malgré tout, refuse de disparaître.

