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Belle découverte : “La Delle Antonin” de Marthe Laverdière

Le nouveau roman de Marthe Laverdière, « La Delle Antonin », suite de « La Delle Alvenia », est désormais disponible dans les librairies partout au Québec. L’agilité de la plume de cette autrice, qui décrit avec clarté les scènes de ce roman, permet de lire aisément ce deuxième tome sans avoir besoin de connaître le premier pour comprendre l’histoire qui suit.

Résumé

Nous sommes en 1904, à une époque où la religion catholique dictait la société québécoise et où les droits des femmes étaient quasi inexistants. Les femmes enceintes n’avaient pas le choix de garder ou non leur enfant à naître, et cela était encore plus vrai pour les enfants illégitimes, c’est-à-dire ceux qui ne naissaient pas d’un couple légalement marié.

Si une jeune fille tombait enceinte sans être mariée, c’était une honte inacceptable dans la mentalité de l’époque. La famille, principalement le père, devait trouver un moyen de se débarrasser du “problème” en secret avant que le grand public ne l’apprenne. Souvent, les bébés « bâtards » étaient secrètement adoptés par des familles qui faisaient croire qu’ils étaient leurs enfants biologiques. Évidemment, les différences physiques parfois flagrantes entre les parents et les enfants semaient le doute, mais personne n’osait en parler ouvertement, c’était un secret de Polichinelle.

Le récit débute avec George, un homme d’affaires aisé de Saint-Damien, qui emmène sa fille Alvenia, secrètement enceinte de son fiancé Léopold, au couvent des religieuses à Québec. Léopold, récemment décédé, n’aura pas eu la chance d’assister à la naissance de son enfant. Si Alvenia avait pu se marier et devenir veuve par la suite, elle aurait pu hériter des biens de son mari, y compris son enfant à naître. Mais le destin en a décidé autrement, et c’est son père George qui prend les choses en main. À cette époque, les décisions étaient principalement prises par les hommes de la famille. Les femmes appartenaient à leur mari, et donc les enfants également. Le destin d’une mère non mariée était voué à la honte pour l’honneur de la famille si ce secret venait à être découvert, malgré les spéculations des proches et amis.

L’honneur de cette famille bourgeoise étant en jeu à cause de la grossesse d’Alvenia, son père n’a d’autre choix que de l’envoyer chez les religieuses le temps qu’elle accouche, en espérant qu’elle donne naissance à un garçon qui pourrait servir les intérêts de la famille. Mentionnons qu’à cette époque, les échographies n’existaient pas comme aujourd’hui, et rien ne garantissait la naissance d’un garçon.

Les intentions du père n’étaient pas motivées par le bien-être de sa fille, Alvenia, mais plutôt par la continuité de son commerce. Le bébé, selon les plans de George, devait être adopté par son fils Julien et sa femme Florence, qui avaient tenté en vain d’avoir un enfant naturellement. Bien que Julien aime sincèrement sa femme Florence, il ressent aussi de la compassion pour sa sœur Alvenia, et comprend combien il serait déchirant pour elle de perdre son enfant. Toutefois, il se laisse convaincre par la famille qu’il serait mieux pour Alvenia de voir son enfant grandir au sein de la famille, plutôt que de le faire adopter par des étrangers.

Au couvent, Alvenia se lie d’amitié avec d’autres femmes enceintes, mais découvre l’horreur de ce qui l’attend en assistant à l’accouchement de Jeanine, l’une d’entre elles. Malgré ses tentatives pour aider Jeanine à garder son nouveau-né, les religieuses parviennent à séparer la mère de son enfant en utilisant du chloroforme pour l’endormir avant la fin de l’accouchement.

Après avoir été témoin de cette scène, Alvenia sait qu’elle doit trouver un moyen de garder son propre enfant. Il est hors de question pour elle qu’il soit adopté par un étranger ou même par son frère Julien et sa belle-sœur Florence. Elle découvre que de nombreuses femmes, à la suite de leur accouchement, décèdent ou choisissent de devenir religieuses, restant à jamais prisonnières de la douleur de la perte de leur enfant, qu’il soit adopté ou mort-né. Devenir mère crée un lien indéfectible avec son enfant, et être séparée de celui-ci est une situation insupportable que toute mère veut éviter à tout prix.

Mon avis

Ce roman est saisissant par les situations et les événements qu’il décrit. Il nous pousse à tourner les pages avec impatience, captivés par le destin d’Alvenia face à une société aux valeurs traditionnelles défavorables aux femmes, valeurs qui seraient inacceptables de nos jours.

Malgré tout, avec son audace, sa ruse et son entêtement – des traits de caractère hérités de son père – et son sens du relationnel, Alvenia tente de surmonter chaque obstacle qui se dresse devant elle. En tant que lectrice, je souhaitais ardemment que l’héroïne s’en sorte. Mais elle doit faire face aux contraintes, aux imprévus, et trouver des compromis. Ses manigances lui permettront-elles d’atteindre ses objectifs ? Comment pourra-t-elle garder son bébé alors qu’après l’accouchement, les religieuses obligent les mères à se séparer de leur enfant, qui sera ensuite adopté par des couples mariés ? Et comment Julien répondra-t-il aux attentes de sa femme, qui désire désespérément devenir mère ? Vont-ils adopter l’enfant d’Alvenia ?

Outre l’histoire d’Alvenia et de son enfant à naître, un garçon nommé Antonin, une autre histoire d’amour naît avec un personnage secondaire : Maria, la sœur aînée d’Alvenia. Maria rencontre un homme charmant nommé Lorenzo. Elle apporte une touche d’humour bienvenue qui contraste avec le côté dramatique du roman. Elle illustre également une autre dimension de la condition féminine de l’époque : les femmes devaient rester chez leurs parents tant qu’elles n’étaient pas mariées, soumises à l’autorité paternelle, puis, une fois mariées, à celle de leur mari.

Le roman met également en lumière la manière dont l’argent influençait le monde, y compris au sein des communautés religieuses, en contradiction avec l’un de leurs trois vœux : le vœu de pauvreté. On y découvre une certaine corruption, qui ajoute encore plus de piquant à ce récit déjà riche en rebondissements.

J’ai été vraiment fascinée par cette histoire, avec une écriture fluide et facile à suivre. C’est un roman historique captivant, plein de suspense et d’intrigues. Une belle surprise que je recommande vivement à tous, en particulier aux amateurs de romans québécois d’autrefois.

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