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Julie : une plongée poétique dans la douleur de ceux qui restent

La disparition d’une adolescente à Terrebonne à l’aube des années 2000 est le point de départ de Julie, la nouvelle création théâtrale de Sarianne Cormier, qui s’attaque ici à un drame collectif.

Inspirée de la véritable histoire de Julie Surprenant, une jeune fille de 16 ans qui a disparu en 1999 sans laisser de traces, la pièce revisite un événement marquant qui a secoué le Québec. Cormier, ancienne camarade de la jeune disparue, aborde avec sensibilité la douleur, la confusion, mais surtout la solidarité qui a marqué l’après-disparition parmi le groupe d’amis de Julie.

Cette disparition reste un souvenir indélébile dans la mémoire de plusieurs Québécois. Pour ma part, je me souviens encore de cette disparition. J’avais 10 ans à l’époque et cela m’avait donné froid dans le dos. Aujourd’hui, chaque fois que je passe sur l’autoroute 25, près de l’île Saint-Jean et que je vois l’arrêt d’autobus, il m’est impossible de ne pas penser à cette histoire.

À première vue, Julie pourrait être perçue comme une énième pièce sur la perte, le deuil ou la quête de vérité. Pourtant, ce n’est pas l’angle choisi par Sarianne Cormier. Ici, la disparition de Julie n’est pas seulement une tragédie individuelle, mais un tremblement de terre émotionnel pour toute une communauté adolescente. Plutôt que de s’attarder sur l’enquête ou la recherche d’un coupable, Cormier se concentre sur ce qui se passe après, sur ceux qui restent, tentant tant bien que mal de donner un sens à une situation insensée.

La pièce s’ouvre sur un décor qui évoque une petite ville canadienne, entre un Subway éclairé de néons et les échos d’un bal de finissants. L’atmosphère est imprégnée de mélancolie, mais sans tomber dans la tragédie. À travers les battues, les interrogatoires des policiers et l’apparente maladresse de la travailleuse sociale, chaque personnage tente de composer avec l’absence de Julie, chacun à sa manière. Les émotions varient, oscillant entre colère, espoir, culpabilité et désespoir.

L’un des personnages se défoule sur sa batterie, cherchant à expulser une rage muette, tandis qu’un autre fait preuve d’une affection têtue, refusant de lâcher prise. Ces fragments de vie, entre tension et douceur, sont renforcés par des dialogues authentiques, teintés d’humour noir et de tendresse. La pièce parvient ainsi à éviter l’écueil d’un drame trop lourd, en offrant des moments de répit où l’amitié devient une bouée de sauvetage.

Au-delà de l’émotion brute, Julie pose des questions universelles :

Comment continuer à vivre sans connaître la vérité ?

Comment se reconstruire face à l’irréparable ?

Comment retrouver la joie sans sombrer dans la culpabilité ?

Ces interrogations, profondément humaines, résonnent avec force, rappelant la complexité des sentiments que provoque une disparition irrésolue.

La mise en scène, également assurée par Sarianne Cormier, est minimaliste, mais évocatrice. Chaque détail, du bruit sourd d’une batterie au grondement lointain d’une tempête, participe à la création d’une atmosphère oppressante, mais jamais écrasante.

Somme toute, Julie n’est pas seulement une pièce sur une disparition, mais un hommage à l’amitié et à la résilience. Elle pose des questions profondes sur la manière dont nous faisons face à la tragédie, en particulier à une époque de transition comme l’adolescence, où chaque émotion semble amplifiée. Avec subtilité et sensibilité, Sarianne Cormier offre une réflexion poignante sur la perte et sur le rôle essentiel des liens humains pour nous permettre de continuer, malgré tout.

La pièce sera présentée du 8 oct. au 16 novembre 2024 au Théâtre La Licorne : Théâtre La Licorne et du 27 au 30 novembre 2024 au Théâtre Alphonse-Desjardins de Repentigny : Théâtre Alphonse-Desjardins

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