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Le vieux monde derrière nous : le voyage des Kemeid

Des crises politiques traversent cette quête, qui débute au cœur des événements de mai 68 en France et se poursuit à travers différents pays et paysages — de la censure du régime franquiste en Espagne jusqu’au coup de Prague survenu la même année — apportant ainsi une richesse supplémentaire à l’idée d’un périple multi-pays.

L’auteur Olivier Kemeid fait la découverte d’un récit de voyage rédigé par son père, Gil, quarante-cinq ans plus tôt, sous la forme d’une correspondance avec une jeune femme rencontrée à Expo 67. Ces nombreuses lettres, écrites au fil d’un périple entrepris en 1968, révèlent une quête solitaire entre Montréal et le Proche-Orient. Découvrant cette centaine de cartes postales envoyées à celle qui allait devenir sa mère, Kemeid s’inspire de cette matière à la fois intime et candide pour écrire le roman Le vieux monde derrière nous. Son adaptation théâtrale est actuellement présentée sur les planches de la salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui.

Une mise en scène qui évoque la bande-dessinée

L’interprétation de ce récit rocambolesque et percutant a été confiée à Mani Soleymanlou. En collaboration avec Stéphanie Jasmin à l’image, Denis Marleau signe l’adaptation et la mise en scène de ce texte intime, lui insufflant une forte présence scénique. Le dialogue entre un père et son fils, séparés par des décennies, prend vie de manière autant réaliste que bouleversante, dans une mise en scène qui emprunte à l’univers de la bande dessinée. Au fur à mesure que le texte est raconté par Soleymanlou, des bribes de vidéos reconstituées de façon humoristiques sont présentées. On y voit Gil, interprété par Soleymanlou, entouré de paysages changeants, se déplacer en Vespa d’un pays à l’autre au fil de son aventure, proposant toutes sortes de déclarations, parfois ludiques, parfois touchantes.

Crédit photo : Valérie Remise

L’amour, l’identité et les tensions politiques

En traversant les récits de jeunesse insouciante, les complexités de l’isolement et la découverte de mondes étrangers, la psyché du jeune adulte en quête de sens est représentée avec justesse et émotion. Les thèmes phares de la filiation, de l’amour et du contexte politique découlent de cette adaptation théâtrale avec une profondeur intéressante. Des crises politiques traversent cette quête, qui débute au cœur des événements de mai 68 en France et se poursuit à travers différents pays et paysages, de la censure du régime franquiste en Espagne jusqu’au coup de Prague survenu la même année, apportant beaucoup de richesse au contexte du récit de voyage.

Le voyage intérieur

Les cartes postales, teintés d’un humour naïf, adressés sous forme de lettres d’amour à sa mère, ramènent l’auteur à sa propre relation à lui-même et le questionne sur la véritable nature de cet homme qu’il semble avoir peu connu dans l’intimité. Avoir accès à ces fragments de vie qui ont façonné l’identité de son père, cet homme ayant parcouru cette route durant plusieurs mois, lui offre des indices sur l’essence de celui qu’il a semblé ne connaître qu’en surface. La route et l’aventure deviennent alors des instruments de retour à soi, un voyage intérieur autant qu’extérieur. Le jeu de Soleymanlou, toujours aussi remarquable et saisissant de réalisme, est un pilier dans le déploiement de cette œuvre théâtrale.

Crédit photo : Valérie Remise

Le vieux monde derrière nous est présenté au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 6 décembre.

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