Ce roman historique raconte les affrontements hivernaux les plus sanglants entre la Finlande et la Russie alors que la Finlande, en 1939, était un jeune pays avec seulement 22 ans d’indépendance.
Contrairement aux romans policiers et de suspense écrits antérieurement par ce même auteur français, Olivier Norek, ce roman-ci n’a pas vraiment d’intrigue en soi puisqu’il s’agit de décrire une partie de l’histoire oubliée dans les manuels scolaires soviétiques. Il n’invente rien, il a simplement écrit avec grande agilité un livre pour parler d’une guerre nordique comme thème directeur sous la forme d’un roman : « Ceci est un roman. Cependant, les dialogues proviennent souvent d’archives ou ont été transmis par des passionnés, des militaires et des historiens. Aucun fait d’armes n’a été inventé, ni aucune anecdote. Aucun acte de bravoure n’a été exagéré. » (p.429)
Les personnages principaux qui valent la peine d’être connus
Ce livre nous décrit, à travers les discours des personnages, ce qui se passe au front, incluant les stratégies pour combattre l’ennemi : d’un côté les Finlandais et de l’autre les Russes.
Du côté russe, considérablement plus nombreux, ils croyaient avoir une bataille facile contre les Finlandais pour s’approprier leur territoire en deux semaines. Mais le combat s’avère plus difficile que prévu et durera 105 jours : « Malgré la supériorité écrasante, l’expérience militaire leur faisait défaut. » (p.165) Ainsi, les deux officiers russes, Borodine et Sadovski, avaient sous-estimé la capacité de l’armée finlandaise et ont fini par être exécutés par leur supérieur. Ces derniers ont été remplacés par le colonel Grigori Shtern, héros de l’Union soviétique lors de la guerre contre le Japon, un an plus tôt. Mais la stratégie n’avait pas changé : « Nouveau chef, même guerre, même bourbier. » (p.210) La Finlande refusait de capituler.
Du côté finlandais, l’auteur nous explique ce qui fait la force de l’équipe militaire à travers la description de plusieurs personnages impliqués dans ce combat hivernal. Tout d’abord, il y a Carl Gustav Mannerheim : « Entre deux états d’esprit radicalement inconciliables, diplomate cherchant la paix, chef de guerre se préparant à un conflit meurtrier, les deux hommes n’en faisaient qu’un. » (p.39) Ce dernier est responsable de cette Guerre d’Hiver suite au refus des termes de négociation proposés par les Russes. Il sera hanté à vie par tous les soldats qu’il aurait pu épargner s’il avait accepté ces termes. Mais en contrepartie, c’est aussi grâce à lui que son armée était forte et résistante au combat, car « Mannerheim s’est battu à nos côtés sur le front austro-hongrois. Autant de conflits et de hautes responsabilités qui lui ont donné une connaissance parfaite de notre fonctionnement et de notre idéologie. » (p.309)
Arabe Juutilainen, le lieutenant aussi appelé l’Horreur, est un homme alcoolique qui excellait dans ses décisions au front avec ses soldats : « À quatorze ans déjà, il falsifie un consentement parental pour s’engager dans l’armée. Puis il devient cadet en école militaire avant de se faire virer, pour être réintégré un an plus tard, et se faire virer à nouveau en raison de son mode de vie inapproprié… Bagarre et alcool. Il passa cinq ans en Afrique du Nord et y récupère la nationalité française et son surnom : l’Horreur du Maroc, ou juste l’Horreur. » (p.60-61) Il s’est fait renvoyer à maintes reprises. Cependant, il réussit à faire son mandat de lieutenant. Parfois, ses agissements sont moralement douteux, mais il a été grandement utile durant ce combat hivernal.
Puis, il y a Karlsson, chef de combat de la 6e compagnie, qui est plutôt l’opposé de l’Horreur : plus réservé et gardant ses opinions pour lui-même à moins que ce ne soit nécessaire. Il devra tout de même collaborer avec l’Horreur pour coordonner son groupe de soldats pendant les combats. Alors que personne ne croyait vraiment à l’imminence d’une guerre, c’est lui qui a fait comprendre qu’elle avait bel et bien lieu : « On a bombardé la garnison russe de Mainila! dit Karlsson avec circonspection, comme si lui-même découvrait à l’instant la nouvelle qu’il avait entendue au poste radio qui les reliait à l’État-major de la base arrière. L’information était impossible. Jamais un renard n’attaquerait un ours. Et puisque personne ne semblait pouvoir croire que Mannerheim ait décidé de diriger ses canons vers cette petite garnison soviétique isolée, Karlsson répéta : Nous venons de déclarer la guerre à la Russie! » (p.82)
Enfin, un petit groupe de jeunes hommes ayant grandi ensemble dans le même village finlandais se voit obligé d’aller au front. Parmi eux, Omni, Toivo, Pietari et Simo. Celui qui se démarquera le plus est Simo. Comme ses amis, il n’est au départ qu’un simple jeune homme vivant dans une ferme avec ses parents, mais on découvre qu’il possède un talent remarquable pour le tir et devient un tireur d’élite, un « sniper », durant cette guerre.
Simo n’a pas choisi de devenir sniper. C’est plutôt les circonstances qui l’ont conduit à exceller dans ce domaine pour défendre son pays. Il était si doué que, pour plaisanter, ses camarades l’ont surnommé « La Mort Blanche », un nom qui lui est resté. Au fil des semaines de combat, il s’est forgé une réputation, et l’un des dirigeants militaires russes promettait un retour à la maison immédiat, sans nécessité de se battre, à quiconque réussirait à abattre cette « Mort Blanche » qui semblait invincible.
Le combat historique, mais oublié
Ce livre ne glorifie pas la violence de cette Guerre d’Hiver, mais souligne la bravoure de tous ces hommes et femmes qui ont combattu ou participé à l’organisation de ces affrontements pour l’honneur de leur pays. Autant du côté finlandais que russe, ces gens n’ont pas choisi d’aller se battre, cela leur a été imposé. Pour beaucoup d’entre nous qui n’ont pas vécu la guerre, il s’agit d’une belle leçon d’histoire, avec des termes militaires et des stratégies qu’on apprend à travers ce roman. Nous ne pourrons jamais vraiment comprendre ce qu’ont vécu ces gens tant que nous n’avons pas été nous-mêmes en guerre, mais l’auteur nous offre tout de même un aperçu psychologique de ce qu’ils ont enduré : le froid, la famine, le manque d’armements, les ennemis, les questionnements moraux, etc.
Mon Avis
Mise à part Leena, qui ressentait en elle un appel à s’impliquer dans cette guerre en étant infirmière pour les blessés, il aurait été intéressant de donner un peu plus d’importance à cette femme et même à d’autres femmes dans ce roman. Elle va tout de même vivre une belle romance avec l’un des soldats, Toivo : « Lorsqu’elle leva les yeux et qu’ils croisèrent les siens, ils se sourirent, et la Guerre d’Hiver s’arrêta. » (p.205) Toutefois, cette romance ne sera pas de longue durée. Mise à part le départ d’Omni et de sa femme qu’il a épousée avant de partir en guerre, et la romance de Leena et Toivo, j’ai été un peu déçue qu’il n’y ait pas plus de détails de romance dans ce roman.
Mais je comprends que l’auteur voulait davantage décrire cette guerre sur le front, et à cette époque, c’était surtout les hommes qui y allaient. En contrepartie, Leena s’est montrée comme une personne de bravoure, malgré qu’elle n’était pas obligée de partir en guerre. Dans un des rares pays où, en tant que femme, elle avait la liberté avant-gardiste de pouvoir faire le métier qu’elle voulait, contrairement au reste de l’Europe, elle a pourtant décidé de risquer sa vie pour sa patrie.
Puis, il y a Viktor, qui semble être né avec un trèfle à quatre feuilles. Il n’avait aucun talent pour tirer, il était maladroit, mais devait tout de même servir son pays. Mais partout où il allait en guerre, la chance lui souriait. Par exemple : « De sa première compagnie, décimée au premier jour, Viktor resta le seul survivant… Il fut ainsi muté dans une nouvelle compagnie qui, quelques jours plus tard, souffrit de l’association effroyable d’une tempête de neige opaque, d’une organisation désastreuse et d’une défaillance de communication radio. Soixante-deux morts. Mais à nouveau, aucune balle ne toucha Viktor. » (p.251) Aussi, il a marché sur une mine dont le mécanisme refusa de se déclencher, évitant ainsi une explosion. Mais pour Viktor, il s’en fichait de mourir. Il pensait plutôt à son grand frère, « la seule personne au monde qui lui importait vraiment. Le seul qui lui permettait de tenir encore. » (p.257)
Par son innocence, sa maladresse, mais surtout son incroyable chance, Viktor devient un personnage particulièrement attachant. Son lien fort avec son frère ajoute une touche émotionnelle à l’histoire, et l’on ressent une profonde sympathie pour lui tout au long du récit.
Côté écriture, dès les premières lignes de ce livre, nous découvrons une magnifique plume appliquée avec agilité autant dans les scènes les plus atroces que les belles scènes de romance ou d’amitié. L’auteur y apporte une certaine luminosité et fluidité sans agressivité, donnant l’impression d’assister à une peinture pour chaque scène de combat ou d’incident, avec une touche de glorification et d’empathie pour ceux qui y ont participé. Son style littéraire se distingue nettement : il est très facile de comprendre l’histoire malgré sa complexité politique, tout en admirant des moments de beauté, de gloire et de déception.
J’ai particulièrement apprécié la présence de cartes à la fin du livre, nous montrant géographiquement les territoires concernés par cette guerre hivernale, ainsi que les photos de certains personnages, que l’auteur a probablement trouvées dans des archives. Cela ajoute une dimension visuelle et historique qui permet au lecteur de se sentir encore plus immergé dans le récit.
L’auteur parvient à nous faire ressentir non pas seulement la douleur physique liée à la guerre, mais surtout la souffrance émotionnelle, notamment lorsqu’on apprend la mort d’un proche ou d’un ami. Par exemple, Simo est terriblement bouleversé par la mort de son ami d’enfance Toivo, avec qui il avait une amitié qu’il chérissait. De même, un autre soldat apprend la perte de son frère au combat. « Lorsque Simo priait, il ne demandait au ciel qu’une seule chose. Qu’à chaque soir en rentrant dans la tente, le compte de ses amis soit toujours exact. Omni, l’époux, Pietrari, le grand frère, et Toivo, l’ami de toujours. Mais ce soir-là, il y a trouvé Leena, car l’un d’eux n’était plus. Et c’est elle qui leur donna le courage nécessaire. » (p.264)
Quant à Omni, l’époux, il représente ces nombreux soldats qui, comme lui, ont dû quitter leurs familles, ne sachant pas s’ils allaient un jour se revoir. Omni garda l’espoir de retrouver sa femme, et cet espoir se ressent tout au long du roman.
La fin de la guerre apporte un moment poignant lorsque, bien que le traité de paix soit signé, il n’entre en vigueur que le lendemain, forçant ainsi les soldats à continuer de se battre jusqu’à l’heure prévue. J’ai trouvé cette fin particulièrement émouvante, car il est impossible de ne pas penser aux derniers morts de cette guerre, ceux qui auraient pu survivre si le cessez-le-feu avait été immédiat. Cela reste pour moi une incompréhension. Je vous laisse le suspense sur l’identité du dernier mort, et vous invite à lire ce roman pour découvrir qui survivra.
Ce livre est admirable par la résilience des soldats qui se sont battus avec tant de courage pour leur pays, que ce soit en Russie ou en Finlande. Après cette lecture, j’en ressors mieux informée et remplie de gratitude pour vivre dans un pays en paix, malgré les défis que notre société doit encore relever. Bien que ce livre soit volumineux, la plume d’Olivier Norek le rend très agréable à lire. Je ne serais pas surprise si ce roman venait à être adapté au cinéma un jour. Cet auteur, reconnu pour ses best-sellers policiers, signe ici une œuvre historique de grande envergure, disponible dans toutes les librairies du Québec.

