Avec une parcelle de fiction, ce roman historique décrit la biographie de Léa Roback, une combattante et une activiste qui n’a pas peur de faire valoir ce que les femmes juives valent et viser de meilleures conditions pour les ouvriers et les ouvrières. L’autrice de ce livre Ariela Freedman met en lumière l’ensemble du parcours de Léa et les injustices qu’elle a revendiqué à travers les luttes politiques du XXe siècle.
Son histoire
Né en 1903 à Montréal, Léa est 2e enfant d’une famille nombreuse, mais l’aînée parmi ses sœurs. Elle a connu la pauvreté et travaille dès le très jeune âge dans une usine. Vers 14 ans alors que sa mère accouche d’un 9e enfant, Léa a la lourde tâche de s’occuper des huit autres enfants plus jeunes. Léa apprend donc à se débrouiller avec les ressources limitées pour la famille et à prendre l’expérience de gardiennage, ce qui lui servira plus tard.
Dans sa vie de jeune étudiante, elle prendra goût aux voyages et aura la chance de découvrir Grenoble, Paris et New York, Rome, Berlin et Moscou. Partout où elle ira, elle sera sensibilisée par les contrastes flagrants entre les riches et les pauvres et se sentira de plus en plus interpellée par les injustices qui s’y présentent. Des hommes viendront la courtiser, mais elle ne se laisse pas faire sur les mains baladeuses. Voici les grandes lignes des faits pendant ses voyages:
- À seulement 16 ans, elle s’envole vers Grenoble pour étudier la littérature et la linguistique. Alors qu’on lui mentionne en conférence que « les Grenoblois sont des gens informels et amicaux qui chérissent l’égalité et rappellent avec fierté que leur ville fut le berceau de la Révolution Française » (p.88), elle remarque pourtant qu’il y a « des femmes qui confectionnent à la lueur des chandelles des gants de dentelle fin auxquels Grenoble doit sa célébrité et elle est convaincu que ces femmes qui crochètent si délicatement la dentelle reçoivent un salaire de misère » (p.91). Ayant elle-même vécue la vie d’ouvrière, elle se sent plus proche des gens qui travaillent dans les caves que les étudiants qui flânent dans les cafés entre leurs cours et qui écoulent la journée plongés dans leurs livres. Elle adore les livres, mais il y a plus urgent à régler. Cependant, lorsque le financement des universités françaises s’annonce difficile, Léa décide de quitter Grenoble.
- Puis, suite à une invitation d’une amie, Léa part pour New York où elle y rencontre des Juifs en provenance de Montréal. Malheureusement, elle ne parviens pas à s’attacher à cette ville. Selon elle, les New Yorkais sont trop concentrés à vivre au centre du monde. Les riches sont trop riches et les pauvres sont trop pauvres.
- Elle s’envole vers Berlin pour y finir ses études de linguistique et de la sociologie et joindre son grand frère Henri qui étude la médecine. Ce dernier introduit sa soeur à de riches familles juives désireuses d’apprendre le français et l’anglais.
- Le temps d’un été, elle décide de découvrir Rome. Malgré la politique dominée par Mussolini, un allié d’Hitler, elle est admiration avec l’Italie, elle prolonge son séjour en trouvant un emploi en tant que nounou dans une famille bourgeoise dont la mère est exaspérée de s’occuper de ses 3 enfants. Pour Léa qui vient d’une famille nombreuse, cette responsabilité est un jeu d’enfants et réponds aisément aux exigences des parents.
- Puis de retour à Berlin, elle décroche un emploi de tutrice un adolescent nommé Werner qui est totalement dépendant de ses parents fortunées. Ce dernier ne s’efforce de faire ses devoirs que pour faire plaisir à Léa pour qui il aime bien sa présence. Malgré que les années passées en Allemagne lui sont de merveilleux souvenirs avec de belles rencontres, la montée du parti Nazi amène Léa à devoir partir.
- De retour à Montréal, elle revoit sa famille qui a vieillie. Elle obtient un emploi au sein de la communauté juive YWHA (Young Women’s Hebrew Association) où elle coordonne des activités culturelles pour les jeunes. Elle aura la chance de rencontrer la présidente de cette association et de découvrir que celle-ci habite à Westmount avec une fortune opulente avec des domestiques en uniforme. Léa se questionne comment ces mondes entre riches juifs et pauvres juifs peuvent coexister côte-à-côtes. Lorsqu’elle comprend que cette association offre des biscuits à ces jeunes filles pauvres qui consistent pour certaines leurs seuls repas de la journée, Léa apporte une initiative en remplaçant les biscuits par des sandwichs. Un geste altruiste qui se multipliera au courant de sa vie à travers des combats pour plusieurs causes.
- Finalement, elle fera un voyage en Union Soviétique. Alors qu’on lui avait promis la liberté, elle voit plutôt la pauvreté. Des femmes mendient et des enfants dorment sur des bancs publiques, les pieds noircis et nus malgré le froid. La plus grande différence par rapport à Montréal est qu’il n’y a pas de « juxtaposition devenue ordinaire entre ultra riches qui enjambent les pauvres pour réintégrer leurs spacieuses demeures ou aller manger dans de luxueux restaurants. Ici, tout le monde est au même niveau et se ressemble plus ou moins » (p.226). Elle observe non seulement des files d’attentes infinies simplement pour obtenir le lait et pour le pain, mais découvre aussi les pitoyables conditions des femmes qui désirent se faire avorter.
Après les années vagabondes d’inoubliables voyages d’un pays à l’autre avec des expériences enrichissantes, la prochaine partie de sa vie consistera surtout à défendre les causes qui lui tiennent à coeur à Montréal. De retour au bercail, Léa travaillera comme gérante dans la librairie The Modern Book Shop pour lequel son père était fier d’elle. « Cet établissement devient le point de rendez-vous de plusieurs activités dont les clubs de lecture, les réunions de parti, des cours gratuit sur le mouvement syndical, les droits des locataires et même de leçons de français et d’anglais pour les immigrants. » (p.236). Il s’agit donc d’un lieu de rassemblement qui va permettre aussi à Léa de recruter des sympathisants potentiels, malgré que cette librairie est parfois la cible de nombreux vandalismes. Cela n’empêche pas Léa de poursuivre son travail.
Elle va faire de nombreuses rencontres de gens qui vont l’aider à poursuivre de défendre plusieurs causes. Mentionnons entre autre Fred Rose, un ancien travailleur de l’usine avec qui Léa a déjà côtoyée. Elle apprend qu’il se présente dans toutes les manifestations possibles des travailleurs. Il a entre autre été témoin de femmes qui s’évanouissaient du à la chaleur suffocante dans l’usine. Toutefois ce parti communiste devient illégal en 1931 exposant plusieurs partisans à l’emprisonnement. En voyant la police arrêter les manifestants, elle se rappelle d’avoir vu des situations similaires en Allemagne. « En courant dans la rue, gelée, et mouillée, Le se rappelle Berlin, les escouades volantes dépêchées sur les lieux non pas pour rétablir l’ordre, mais pour prendre part au massacre. La police n’est fiable ni en Allemagne ni a Montreal ». (p.205). Elle va à mainte reprise le supporter dans sa candidature pour le parti politique pour lequel ils croient: ils vivront des défaites, mais aussi avec persévérance des victoires.
Aussi, Norman Bethume, un médecin viendra visiter la librairie et lui bavarder de son voyage à venir vers l’Union Soviétique. Elle apprend par la suite que ce dernier assiste à plusieurs événements de manifestations et il est prêt à soigner des gens « gratuitement ». Une fois de retour de son voyage de l’Union Soviétique, il fait jaser le voisinage avec son trait de caractère unique, mais son désir en commun avec Léa est que lui aussi veut se battre sur les injustices qu’il témoigne. Malgré son exubérance et les rumeurs qui circulent concernant ce médecin, Léa se fit sur ce qu’elle voit: un homme millionnaire, mais généreux et deviendra un allié durant ses futurs combats pour la justice. Tous ses livres dans sa grande bibliothèque appartient autant à lui qu’à ses amis. S’il faut soigner des pauvres, il le fera sans nécessairement demander de l’argent en retour. Il tente aussi de sauver les gens autant les riches que les pauvres à travers ses voyages.
Plus tard, elle va faire la connaissance de Thérèse Casgrain, qu’elle croit être encore une de ces bourgeoises de Westmount, mais en réalité, elle est une autre femme prête à se battre pour les mêmes raisons que Léa. Ce n’est qu’un début d’une belle longue amitié entre elle et Léa. Puis elle rencontre aussi Rose Pesotta qui est renversées pendant la période de Duplessis que les catholiques au Québec défendent les fascistes plutôt que les pauvres. Ensemble elles vont surmonter bien des injustices, persévérer dans les manifestations et piquetages, faire du porte-à-porte, envoyer des messages.
Alors que Léa se souci de plus en plus des injustices de la société, toutes ses petites soeurs se préoccupent davantage à se trouver un mari et fonder une famille. Pour sa part, Léa qui a pris soin de ses plus jeunes autrefois, c’est elle qui est à ce moment-là libre comme l’air et jouit des activités qui lui plaisent comme le théâtre, les concerts et le cinema. Il reste que sa famille va la supporter dans ce qu’elle entreprend incluant ses frères et sœurs dans les causes et la politique.
Mon Avis
Ce fut une agréable lecture d’un parcours impressionnant et inhabituelle pour une femme de son époque dont la norme était de fonder une famille et rester mère à la maison. La description de l’histoire mentionné ci-haut ne couvre pas tous les événements dans le livre. Léa rencontrera bien d’autres personnes et vivra bien d’autres péripéties!
Toutefois, ce qu’il est important de retenir c’est comment Montréal et la société au Québec a évolué depuis le début du XXe siècle surtout pour la situation des femmes juives ouvrières. Léa est parmi l’une des femmes marquantes au Québec qui s’est battu pour améliorer leur sort dans ce siècle. Mentionnons des exemples de conditions suivantes qu’elle a revendiqué:
- des semaines de travail de 44 heures,
- obtenir le samedi après-midi de libre,
- avoir des toilettes au travail propre avec des serviettes pour s’essuyer et
- finalement « cesser de se faire tâter dans les couloirs par les patrons » (p.272).
Il y a aussi bien d’autres causes que Léa s’impliquera tels que l’équité salariale, le droit à l’avortement, l’accès à la contraception et le droit de vote pour les femmes. Nous sommes loin du télétravail et des conditions comme aujourd’hui pour lesquels le temps plein ne dépasse pas 40 heures sinon c’est du temps supplémentaire et les jours de congé sont minimum 2 jours complète dans une semaine! Nous sommes bien loin des conditions déplorables du début du XXe siècle. Ce roman nous remets en perspective sur la chance que nous avons de nos jours au travail même s’il y a encore place à l’amélioration pour l’équité salariale par exemple.
À travers le roman, nous verrons que Léa, avec son inébranlable courage et sa grande détermination est parvenu à gagner plusieurs de ses causes qui lui tiennent à coeur jusqu’à parfois prendre des risques même pour sa propre vie! Bref, pour une vie bien remplie d’une multitude d’aventures, c’est à découvrir dans le roman « Léa » de l’autrice Ariela Freedman disponible partout dans les librairies du Québec!

