En 2004, par le biais de circonstances saugrenues, l’autrice et professeure de littérature Roxanne Bouchard a entamé une correspondance épistolaire avec Patrick Kègle, qui était à cette époque en mission à Kaboul en tant que fantassin. La créatrice qui se disait alors antimilitariste, a entretenu cette correspondance improbable pendant plus de cinq ans.
Une approche documentaire
C’est cette relation épistolaire qui a mené à l’idéation de la pièce 5 balles dans la tête que Roxanne Bouchard présente à la Cinquième Salle de la Place des Arts ces jours-ci. L’autrice soumet au public sa démarche sous forme de théâtre documentaire qui raconte son immersion dans l’univers de l’armée canadienne. À travers de multiples rencontres avec des individus issus de huit corps de métier différents, Roxanne Bouchard remet en question ses propres idées préconçues et ses valeurs par rapport aux forces armées et leur raison d’être. La pièce produite par le Théâtre du Bunker avait d’abord été publiée sous forme de récit, publié chez Québec Amérique. Elle avait ensuite été adaptée pour la scène et s’était produite à la Licorne.

Raconter les souvenirs et les traumas de guerre
Les discussions que Roxanne Bouchard a entretenues avec les militaires témoignent de toute la profondeur des traumas vécus en zone de guerre. C’est à travers de riches histoires, complexes et parfois paradoxales, que l’autrice saisit l’importance pour ces individus de poursuivre leur mission. En questionnant ses propres préjugés, elle se verra bouleversée par les histoires personnelles et poignantes des militaires rencontrés. Une des questions phares qui sont au cœur de sa démarche demeure de comprendre comment ces gens vivent au quotidien avec les souvenirs et les traumas de la guerre.

Malgré quelques longueurs et quelques ruptures de tons qui saisissent, la proposition est très intéressante. La mise en scène de François Bernier est assez simple et illustre l’aspect sombre de la thématique. Cette incursion dans le monde des forces armées ébranlera sans doute les biais et préjugés des spectateurs par rapport à ce secteur assez hermétique de la société.