Qui n’a pas déjà été en dispute avec un membre de sa famille ?
Pour plusieurs d’entre nous, les gens qu’on côtoie le plus au cours de notre vie, ce sont les membres de notre famille. Alors, forcément, à un moment donné, on finit par avoir des désaccords. Mais l’intensité et la nature de ces querelles varient. Ce que l’autrice aborde ici, ce sont surtout les conflits qui nuisent sérieusement à l’harmonie familiale, au point de générer des comportements malsains.
Nedra Glover Tawwab, thérapeute spécialisée en relations depuis 15 ans, partage dans Finies les querelles de famille ! des solutions concrètes et des pistes de réflexion pour mieux gérer ces conflits familiaux. Elle divise son ouvrage en trois grands volets.

1er volet : désapprendre le dysfonctionnement
Elle commence par nous inviter à reconnaître les problèmes à la source des conflits, en se basant sur ce qu’on observe concrètement. Elle aide le lecteur à identifier les dysfonctionnements, en expliquant pourquoi ce n’est pas toujours évident de les repérer dans un contexte familial. Elle parle de codépendance, d’abus, de maltraitance, de négligence. Quand on a grandi avec un même schéma dysfonctionnel, c’est difficile de le voir autrement :
« tant qu’on n’a pas été exposé à des contextes différents et harmonieux. » (p. 22-23)
« Le lieu où l’on grandit, les personnes auprès desquelles on grandit et les expériences que l’on vit chez soi affectent la personne que l’on sera toute notre vie durant. » (p. 26)
Souvent, les conflits prennent racine dans des blessures passées. Ces blessures forgent des traits de personnalité dérangeants, voire menaçants aux yeux des autres.
« Les traumatismes de l’enfance affectent notre capacité à traiter et exprimer nos émotions, et facilitent le recours à des stratégies inadéquates de régulation émotionnelle (par exemple, la suppression). Plus particulièrement, les enfants exposés à la violence distinguent difficilement les signaux de menace des signaux de sécurité. » (p. 24)
L’autrice explique que les traumatismes non résolus affectent nos relations adultes : manque de confiance, dépendance, besoin de contrôle, déconnexion émotionnelle (alexithymie), difficulté à exprimer ses besoins.
Elle aborde aussi le traumatisme transgénérationnel, qui peut se manifester par des symptômes liés au TSPT : hypervigilance, anxiété, panique, sautes d’humeur, dépression. Les parents ayant vécu des traumatismes graves dans leur enfance sont plus susceptibles d’avoir des enfants présentant des troubles du comportement. (p. 97)
Elle insiste : il faut reconnaître les problèmes sans juger les autres. Avant d’en discuter avec les personnes concernées, il faut d’abord évaluer ce qu’on est prêt à tolérer et quelles sont nos limites. Elle propose des questions pour nous aider à cerner ce qui est important pour soi… et ce qui l’est envers les autres.

2e volet : la guérison
Les blessures datant de l’enfance — alors qu’on n’avait rien demandé — demandent du temps à guérir. Dans ce volet, l’autrice propose des conseils selon deux cas :
- gérer la relation avec des gens qui refusent de changer, ou
- dans certains cas, choisir d’y mettre fin
Quand on est prêt à ne plus vivre dans le conflit ou dans un cadre dysfonctionnel, c’est souvent qu’on en a eu assez.
« Lorsque vous comprenez que vous n’aurez rien d’autre que la répétition de ce que vous avez déjà reçu, le changement est la seule issue. Il ne s’agit pas de changer l’autre personne, mais de cesser d’accepter de souffrir. » (p. 123)
« Changer est difficile, mais cela en vaut la peine. » (p. 110)
Elle inclut une théorie intéressante sur les étapes du changement : « la précontemplation, la contemplation, la préparation, l’action et le maintien » (p. 112). En comprenant ces phases, on peut mieux se préparer à affronter les conflits et améliorer nos relations.
Parmi les moyens proposés pour guérir :
- se construire une communauté, un réseau de soutien extérieur à la famille, composé de gens qui ont vécu des choses similaires
- s’entourer de personnes qui nous apprécient et sur qui on peut compter
- garder contact avec ces personnes, surtout quand les blessures refont surface
Pour ceux qui constatent les dysfonctionnements de l’extérieur, elle donne aussi des conseils :
- laisser les gens faire leurs choix, sans jugement
- leur permettre de se confier, même si leur expérience est différente de la nôtre
- éviter de dire ce qu’on ferait à leur place
- éviter les faux espoirs
- et surtout, leur demander ce dont eux ont besoin

3e volet : l’évolution
Elle propose ensuite des solutions adaptées selon le type de relation : parents, fratrie, famille élargie, enfants adultes, belle-famille, familles recomposées.
Peu importe la relation, il n’est jamais trop tard pour changer. Si la volonté est là, elle propose des façons concrètes de modifier nos comportements pour améliorer la dynamique familiale.
Elle souligne aussi qu’il faut « cesser de prétendre que tout va bien » quand ce n’est pas le cas, et qu’« arrêter de se taire pour préserver la paix » ne mène à rien.
« Les conversations difficiles et les limites sont indispensables à une relation harmonieuse. » (p. 149)
Mais après plusieurs tentatives et si la communication est à sens unique, il faut peut-être se demander s’il ne vaut pas mieux mettre notre énergie ailleurs.
À la fin, elle rappelle que c’est un choix personnel de maintenir ou non des relations avec des gens qui refusent de changer. Et que ce choix peut être très difficile pour celui ou celle qui a fait un travail sur soi.
Si malgré les efforts, les choses ne s’améliorent pas et que la toxicité persiste, elle propose alors de couper les ponts. Et de se tourner vers un entourage qui peut vraiment offrir du soutien.
Un conseil particulièrement pertinent pour les enfants devenus adultes :
« Concentrez-vous sur les aspects de votre relation que vous pouvez contrôler. Prenez soin des aspects de vous-mêmes qui demandent votre attention. Apprenez par vous-même ce que vos parents n’ont pas pu ou voulu vous apprendre. » (p. 199-200)
« Soyez indulgent : envers vous-mêmes autant qu’envers vos parents. » (p. 200)
Et parfois, au lieu de parler de souvenirs douloureux, mieux vaut se concentrer sur l’importance du lien, dire ce qu’on souhaite et nommer clairement ses attentes.

Mon avis
Ce livre fait un bon tour de ce qui peut expliquer les conflits familiaux, tout en offrant des pistes concrètes et positives, surtout dans un contexte québécois.
« Discuter des problèmes au fur et à mesure qu’ils surviennent est la règle d’or en matière de communication dans une relation. Mais une fois que c’est mis au clair, éviter de revenir sur le sujet et savoir pardonner et oublier, pis passer à autre chose. » (p. 202-203)
C’est une approche qui fait du bien : la communication est essentielle, mais comment on communique l’est tout autant. L’autrice commence par le travail sur soi, puis propose des moyens d’agir avec nos proches, sans oublier les cas plus délicats où la relation ne peut plus continuer.
L’enchaînement est logique, facile à suivre. Et surtout, on sent que l’autrice offre de l’espoir à celles et ceux qui veulent sortir de dynamiques toxiques.
Petit bémol : j’aurais aimé qu’elle aborde les réalités des familles issues de l’immigration, et les traumatismes liés à des contextes externes comme la guerre ou les différences culturelles. Par exemple, quand les enfants ont grandi au Québec mais que leurs parents ont une barrière de langue, la résolution de conflit devient encore plus complexe. Dans ce livre, on prend un peu pour acquis que tout le monde parle la même langue. Mais parfois, les enfants d’immigrants doivent jongler avec deux visions du monde, souvent contradictoires. Un chapitre là-dessus, ou au moins une ouverture pour un prochain livre, aurait été apprécié. Ça aurait donné une perspective plus complète.
Somme toute, c’est un excellent point de départ pour qui veut améliorer ses relations familiales. Il est disponible dans toutes les librairies du Québec.