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Effacement des femmes : critique par Sophie Durocher

Dans cet essai, l’autrice Sophie Durocher dénonce l’effacement du féminin dans l’espace public à travers les discours et le mouvement néo-féministe. Bien que les femmes d’aujourd’hui aient de bien meilleures conditions de vie et de droits que les générations antérieures, surtout si l’on remonte à l’époque où celles-ci étaient destinées à rester mères au foyer sans avoir accès à l’éducation, à l’emploi ou au droit de vote, on peut se considérer chanceuses, nous, femmes des années 2020.

Cependant, l’autrice reproche tout de même un recul de la présence des femmes avec la montée des idéologies woke et du néo-féminisme, qui prennent de plus en plus d’ampleur au sein de la société québécoise actuelle. Bien que ces idéologies prônent la diversité, l’équité et l’inclusion, elles redéfinissent cependant la femme, qui se voit forcée de céder sa place à d’autres identités que celle de la femme biologique, et ce, sous toutes sortes de formes. « Les femmes font face à deux offensives, l’une intégriste et l’autre progressiste. La visibilité sociale des femmes se réduit comme peau de chagrin : elle est menacée d’un côté par un rigorisme religieux et de l’autre par un moralisme “inclusif”. Coincées entre l’intégrisme (qui les fait disparaître au nom de la pudeur) et le séisme (qui les fait disparaître au nom de la bienveillance envers les marginaux), les femmes sont effacées, gommées, évincées… et finissent par être oubliées. » (p.22).

À travers neuf chapitres, l’autrice aborde différents sujets dans son livre, qui ont tous un point en commun : l’effacement des femmes. Que ce soit par leur présence, leur représentativité ou même le terme de « femme » en soi, cette notion devient, selon elle, de plus en plus invisible. Bien que Sophie adopte une position claire sur chacun des sujets abordés, elle sonne l’alarme et sensibilise ses lecteurs aux conséquences de cet effacement actuel de la femme.

Pour commencer, les termes originalement réservés aux femmes tels que cycle menstruel, clitoris, vagin, utérus, ne suffisent plus à définir la femme. À vrai dire, les femmes ne peuvent plus s’approprier exclusivement ces mots pour se définir. De plus, la femme est mise de côté pour inclure des populations qui ne se considèrent ni hommes ni femmes, comme les transgenres, une minorité au Québec et dans le monde entier. L’autrice n’a rien contre les trans en soi, reconnaissant que ces personnes ont également des droits, mais c’est la réaction de la société face à ces identités qui mène à l’invisibilité de la femme, ce qui l’indigne. « Quand une femme n’a même plus le droit de revendiquer l’existence d’un vocabulaire féminin, c’est qu’une frange de la société accepte comme un fait accompli que les droits des transgenres et des non-binaires sont plus importants que les droits des femmes… pourtant, rien n’empêche que les droits des deux cohabitent et coexistent. » (p.44). Ainsi, même si ce qui définit biologiquement une femme est clair, la perception de ce qu’est une femme diffère selon les idéologies, devenant un objet de controverse. Cet aspect est développé dans les sujets suivants :


Mon avis

Cet essai permet de prendre conscience de la situation actuelle des femmes dans notre société et du mouvement néo-féministe, qui diffère du féminisme traditionnel. Dans cet ouvrage, je constate qu’il y a eu beaucoup de recherches sur les informations et les faits pour couvrir autant de sujets pertinents. L’autrice va chercher des citations, des événements et des dates précises qui soutiennent ses arguments et ses réflexions, qu’elle a pris soin de catégoriser par sujets. De plus, l’audace de publier un livre qui aborde directement de tels sujets délicats est admirable, même si cela peut parfois être un peu provocateur. C’est probablement le but de l’autrice : communiquer avec impact pour apporter des améliorations dans la société.

Sans nécessairement être en accord ou en désaccord avec l’autrice, il a été intéressant de lire ce livre, de mieux comprendre une facette de notre société en constante évolution et de saisir les arguments qu’elle avance. Parmi ses citations, celle-ci m’a particulièrement marquée : « La « vraie » femme se cache, la « fausse » femme s’exhibe. » (p.37). Ce qu’elle entend par « fausse femme », ce sont entre autres les drag queens et les femmes trans. Cela amène à se questionner : comment peut-on concilier ces identités tout en évitant l’effacement des femmes, tel que décrit en détail par l’autrice ?

Sophie revendique que la femme biologique, qui s’est longtemps battue pour prendre sa place dans la société, est de plus en plus invisibilisée. Ses droits acquis sont menacés et risquent de se perdre du jour au lendemain. Selon elle, le néo-féminisme a perdu son mandat premier, qui est de sécuriser la place des femmes dans une égalité totale avec les hommes. Elle déplore les dérives d’un féminisme qui, selon elle, s’est égaré dans des combats secondaires.

En lien avec l’intention de l’autrice, qui est de « décortiquer un phénomène pour en tirer des leçons pour la suite des choses » (p.38), je me demande quelles sont précisément ces leçons et ce qu’il adviendra par la suite. Bien des questions se posent sans réponse immédiate, mais cela ouvre la porte à des échanges et des discussions intéressantes entre les lecteurs qui ont lu ou liront ce livre, ainsi que ceux qui s’intéressent à ces enjeux et à ce phénomène d’invisibilité des femmes. Ces questionnements contribuent à faire évoluer les mentalités au sein de la société.

Donc, si vous souhaitez en apprendre davantage sur ces enjeux sociaux actuels ou simplement vous instruire sur ce phénomène d’invisibilité des femmes, soutenu par de nombreux faits pertinents, ce livre est pour vous. Il est disponible dans toutes les librairies du Québec.

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