Pas de grande formation. Pas de lumières spectaculaires. Juste une voix, une guitare et une salle suspendue. Dimanche soir, au Théâtre Maisonneuve, Dianne Reeves a offert un moment de grâce dans le cadre du Festival International de Jazz de Montréal. Accompagnée du guitariste brésilien Romero Lubambo, elle a livré un concert tout en équilibre, entre virtuosité et retenue.

Une setlist éclectique, parfaitement maîtrisée
Dès les premières notes de Dreams de Stevie Nicks, revisitée avec douceur, Reeves a imposé son ton : un mélange de raffinement, de liberté, et d’émotion brute. Elle enchaîne avec What’s New?, puis Café d’Egberto Gismonti, et l’on comprend vite qu’on ne sera pas dans un concert de standards attendus.
La suite confirme ce choix : du Gershwin (Someone to Watch Over Me) au jazz moderne de Pat Metheny (Minuano), en passant par Jobim (Corcovado), Miles Davis (All Blues) et McCoy Tyner (You Taught My Heart to Sing), chaque morceau devient matière à réinvention. Deux compositions personnelles s’y glissent aussi : Tango et Nine, où l’on sent toute la personnalité musicale de Reeves à la fois libre, enracinée et audacieuse.

Une voix qui respire, une guitare qui répond
Ce qui frappe, c’est l’économie des moyens. Aucun effet de style inutile, aucun excès. Romero Lubambo, tout en subtilité, accompagne, anticipe, relance. Il est bien plus qu’un accompagnateur : c’est un alter ego musical. Ensemble, ils créent une conversation en musique, un dialogue à deux voix, toujours fluide.
Dianne Reeves, elle, est d’une présence scénique désarmante. Chaque mot est pesé, chaque silence a du poids. Elle improvise, scatte parfois, mais toujours avec une justesse rare. Rien n’est démonstratif. Tout est incarné.
Le Théâtre Maisonneuve, plein mais intime, était parfaitement adapté à cette formule épurée. Le public, concentré, réagissait avec mesure mais intensité. Quelques souffles coupés, des sourires, des applaudissements chaleureux entre deux phrases on sentait l’écoute réelle, le respect, la gratitude.