How to save a dear friend, un rituel de guérison

Mireille Selwanes Tawfik s’interroge sur les circonstances qui ont poussé sa tante, Salwa, à mettre fin à ses jours de façon tragique en s’immolant, au Caire, au milieu des années 1980. Elle découvre l’existence de cette tante assez tard dans sa vie, ce qui suscite en elle de nombreuses questions, notamment sur les raisons pour lesquelles les personnes aux prises avec des troubles de santé mentale sont souvent réduites au silence

C’est à partir de cette piste, en y intégrant également des pans de sa vie personnelle ainsi que des fragments du récit de son ami Rafael, ayant composé aussi avec des idées noires, tous deux d’origine égyptienne, que le spectacle How to save a dear friend : formules pour sortir-au-jour prend vie.

Crédit photo: Maryse Boyce

Parallèles avec le mythe d’Isis et Osiris

L’œuvre présentée à Espace Go tire son titre d’un documentaire russe intitulé How to Save a Dead Friend, qui raconte l’histoire d’un jeune homme s’étant enlevé la vie. Le sous-titre, Formules pour sortir-au-jour, s’inspire des textes funéraires de l’Égypte ancienne, qui servaient de guides pour accompagner les défunts sur le chemin de la renaissance et de leur passage vers l’autre monde. La démarche de Mireille Selwanes Tawfik, à travers cette œuvre, établit de forts parallèles avec le mythe d’Isis et Osiris, selon lequel Seth aurait tué son frère par jalousie et aurait découpé son corps en quarante-deux morceaux qu’il aurait dispersés à travers l’Égypte. Isis serait ensuite partie en quête de ces fragments de corps pour les rassembler et redonner vie à Osiris.

La musique et la scénographie comme langage

La créatrice, qui signe le texte et la mise en scène, est accompagnée sur scène par Radwan Ghazi Moumneh, connu principalement comme musicien et producteur. Les deux artistes se partagent un espace scénique habité par des meubles, des couvertures et toutes sortes d’objets du quotidien. Usant d’un jeu physique qui prend parfois la forme d’une danse à travers les meubles et les objets, les interprètes se fondent dans les tapis et le matériel, comme étouffés par leur environnement. Tour à tour, ils livrent des réflexions personnelles sur leur vécu, sur leurs proches ayant traversé des périodes sombres, et sur la manière dont l’être humain peut affronter cette noirceur et en émerger. Les meubles et les matériaux sont hissés au-dessus d’eux grâce à un système de poulies, demeurant en suspens au-dessus de leurs têtes, comme une présence imprévisible, presque tangible, qui semble menacer leur sécurité et leur intégrité.

Crédit photo: Maryse Boyce

Le musicien Radwan Ghazi Moumneh entre en dialogue avec Mireille, utilisant la musique comme langage de communion et vecteur d’émotions en faisant écho à l’amitié, la communauté, ainsi que les mécanismes humains qui permettent de résister à la violence coloniale et à celle posée envers les personnes marginalisées. Le spectacle se déroule comme une forme de suites de réflexions à voix hautes entremêlées de musique et d’effets comiques. On comprend bien que How to save a dear friend : formules pour sortir-au-jour est le fruit d’une démarche de recherche approfondie visant à évoquer les violences historiques et contemporaines, souvent oubliées ou tues, tout en mettant l’accent sur le pouvoir des mains tendues dans le processus de guérison.

La pièce est présentée à l’Espace Go jusqu’au 8 novembre prochain. Pour vous procurer des billets, veuillez visiter le site web du théâtre.