La version qui n’intéresse personne : une adaptation théâtrale réussie d’un roman phare

Paru en 2023 au Quartanier, le premier roman d’Emmanuelle Pierrot a marqué le paysage littéraire québécois et valu à son autrice le Prix des libraires et le Prix des collégiens. La version qui n’intéresse personne raconte l’histoire aux mille détours, crus et déchirants, de Sacha et Tom, qui quittent leur Montréal natal pour Dawson City, au Yukon. Marie-Claude St-Laurent en signe l’adaptation théâtrale, portée à la salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui dans une mise en scène de Marie-Ève Milot.

Une quête de liberté et d’ailleurs

Sacha a dix-huit ans, elle est fougueuse, fragile et toute en intensité. Tom, son meilleur ami, est sensible et brisé. Les deux inséparables, qui se décrivent comme une seule et même personne, s’enfoncent pendant huit ans dans un univers social aux méandres aussi enivrants que dangereux, traversé par un désir violent de liberté, d’anarchie, de communauté et d’amour. Ils y prendront goût à un cocktail infini de drogues et d’alcool, à une sexualité avide, à une succession de petites et de grandes violences.

Crédit photo : Valérie Remise

Incursion dans un climat social perturbant

L’adaptation rend avec justesse la complexité de la joute sociale qui, de manière insidieuse et détournée, mène Sacha vers la détresse. Entre les emplois à court terme, les fêtes sans fin, les rencontres nombreuses et les histoires d’amour, un climat de plus en plus perturbant se tisse autour d’elle, tandis que son filet social se retourne peu à peu contre elle.

L’écriture vraie et habile de Pierrot trouve un beau prolongement sur scène. L’adaptation s’empare de plusieurs des scènes les plus fortes du roman, servies par une mise en scène qui plonge dans la solitude de la violence autant que dans la proximité avec les autres, avec toutes les nuances et les contradictions que cela impose.

Crédit photo : Valérie Remise

Une distribution talentueuse

Le niveau de jeu est solide. Le texte et le propos, parfois difficiles à porter à la scène, passent la rampe avec conviction chez la plupart des interprètes. Melissa Iguer et Karl Bobanovits incarnent Sacha et Tom avec beaucoup d’aplomb. Catherine De Léan manipule avec talent la marionnette de Luna, la chienne de Sacha, personnage central de l’œuvre. Celle-ci a été conçue avec le concours du Théâtre de l’Œil, coproducteur du spectacle et spécialiste de l’art marionnettique. Mention spéciale à Lyraël Dauphin, qui brille par sa sensibilité, son talent comique et sa magnifique voix.

Les décors, tout en noirceur, s’animent et s’éteignent au gré des scènes dramatiques, violentes, amoureuses ou chargées d’intensité. D’une durée de 2 h 15 sans entracte, la pièce accuse toutefois quelques longueurs. Quelques coupes auraient suffi à resserrer l’ensemble.

La version qui n’intéresse personne est présentée à la salle Michelle-Rossignol du Centre du Théâtre d’Aujourd’hui jusqu’au 17 octobre. Le spectacle comporte des scènes de nudité partielle, de sexualité et de violence.

Laisser un commentaire