Ce que vous ne savez pas sur votre partenaire ne peut pas vous faire de mal. Jusqu’à ce que ça le fasse.

Il y a des films qu’on regarde poliment, et il y a ceux qui vous posent une question à laquelle vous n’aviez pas prévu de répondre.
L’Aveu, troisième long métrage du cinéaste norvégien Kristoffer Borgli, appartient clairement à la deuxième catégorie. Borgli s’est fait remarquer avec Sick of Myself puis Dream Scenario, deux films qui prenaient un genre familier et y introduisaient quelque chose d’irréparable. Son cinéma fonctionne toujours sur ce principe, installer un confort, puis le saborder méthodiquement. L’Aveu ne fait pas exception. Il s’attaque cette fois au film de mariage, genre aussi rassurant qu’il est codifié, et y glisse quelque chose de beaucoup plus dérangeant.
Emma et Charlie, Zendaya et Robert Pattinson, forment un couple de jeunes professionnels de Boston à quelques jours de leur mariage. L’ouverture est classique, presque rassurante entre souvenirs entrelacés, regards complices et une rencontre racontée à deux voix. Tout fonctionne.
Puis une soirée entre amis, un jeu de vérité, une confession que personne n’attendait, et le film bascule.

Sans jamais forcer le trait, Borgli installe une mécanique implacable : le doute qui s’infiltre, l’image de l’autre qui se fissure, l’obsession qui prend toute la place. L’Aveu pose une question simple mais inconfortable : jusqu’où veut-on vraiment connaître la personne qu’on aime ?
Pattinson excelle dans ce registre. Nerveux, fixatif, parfois malgré lui comique, il fait glisser son personnage vers quelque chose de plus en plus fébrile. Ce qui est troublant avec son personnage, c’est qu’à un moment, on ne sait plus très bien qui souffre vraiment. Il s’approprie l’histoire d’Emma, la porte, la réinvente jusqu’à aller débattre du secret de sa fiancée avec ses propres amis, comme si c’était le sien à régler.
Pattinson joue ça avec une précision désarmante : son personnage est à la fois touchant et complètement à côté de la plaque, ce qui est, au fond, très humain.
Zendaya, elle, joue en retenue, dans une ambiguïté constante qui rend son personnage aussi attachant qu’insaisissable. Ensemble, ils forment un duo qui fonctionne précisément parce qu’on ne sait jamais vraiment de quel côté se mettre.

Le film ne tranche jamais. Il observe, et vous laisse faire le travail. C’est là que L’Aveu devient particulièrement intéressant, il ne s’agit pas tant de ce qui est révélé que de ce que cette révélation déclenche. Une étude très contemporaine de l’amour à l’ère de la transparence forcée, où tout dire n’est pas forcément synonyme de vérité ni de paix.
L’Aveu, distribué par A24, prend l’affiche le 3 avril. Allez-y en sachant le moins possible. C’est comme ça que les vraies rencontres commencent.