Et si Le Lac des cygnes n’était pas une œuvre figée dans le temps ? Pour clore une saison où la création occupe le devant de la scène, Ivan Cavallari signe une relecture de ce monument du ballet.
À la fois respectueuse de l’héritage classique et ancrée dans une sensibilité plus actuelle, cette nouvelle version enrichit la partition de Tchaïkovski avec des extraits de sa Symphonie Pathétique, accentuant encore la tension dramatique. Une promesse forte pour conclure une année où Les Grands Ballets Canadiens affichent une ambition assumée : faire dialoguer les époques, les esthétiques et les émotions.

La saison s’ouvre dès septembre avec un programme triple d’une rare intensité : Bella Figura de Jiří Kylián, Voluntaries de Glen Tetley et Fête sauvage d’Hélène Blackburn. Trois spectacles qui interrogent la puissance du geste, entre rigueur, sensualité et énergie à fleur de peau. En octobre, Étienne Béchard revisite le mythe de Blanche-Neige dans une version plus trouble, portée par la musique de Bach, Saint-Saëns et Dukas. Un jeu de miroirs entre ombre et lumière, loin du conte pour enfants.
En décembre, Casse-Noisette revient avec tout son éclat. Fidèle à la tradition des Fêtes, le ballet de Fernand Nault retrouve la scène de la Salle Wilfrid-Pelletier, accompagné par l’Orchestre des Grands Ballets. Un classique attendu, mais jamais figé, toujours capable de rallumer la magie.

La nouvelle année s’ouvre sur une autre entrée au répertoire : La Création d’Uwe Scholz, inspirée de l’oratorio de Haydn. Le ballet prend des allures de fresque chorégraphique avec orchestre, chœur et solistes sur scène. En avril, deux chorégraphes canadiennes se partagent la soirée L’Heure Bleue : Anne Plamondon avec Ma Saudade, une pièce délicate sur la mémoire, et Vanesa Garcia-Ribala Montoya avec Du Soleil à la Lune, résolument tournée vers la lumière.
Enfin, en mai, Le Lac revisité par Cavallari viendra refermer cette saison en beauté. Pas de révolution gratuite, mais une relecture dramaturgique pensée dans le respect du mythe. L’émotion reste au centre, mais avec une intensité plus sombre, presque contemporaine, qui donne un nouveau souffle à ce ballet emblématique.

Avec quatre créations, deux grandes reprises et plusieurs dates en tournée à Québec, Victoriaville, Athènes et Istanbul, Les Grands Ballets Canadiens confirment leur volonté d’ouvrir le ballet à tous les territoires. Tout en restant solidement ancrée à Montréal, la compagnie poursuit son travail de transmission, de création et de rayonnement. C’est parti pour une saison qui ose, explore, et trace un chemin singulier dans le paysage chorégraphique.