Les Testaments : ce que vaut la suite de La Servante écarlate

La Servante écarlate s’est terminée en mai 2025 après six saisons. Elisabeth Moss a incarné June pendant une décennie, robe rouge, regard frontal, jusqu’au dernier épisode. Gilead était censé tomber. Il tient encore.

En 2019, Margaret Atwood publiait Les Testaments, suite littéraire récompensée du Booker Prize, écrite alors que la série originale était encore en diffusion. Bruce Miller en signe l’adaptation. La première saison de dix épisodes arrive moins d’un an après la fin de La Servante écarlate, et prend le pari risqué de tout recommencer avec de nouveaux visages.

La génération Gilead

Agnes (Chase Infiniti) est la fille adoptive d’un Commandant influent. Elle grandit à l’École de Tante Lydia, institution réservée aux filles de l’élite, formées à devenir épouses. Elle n’a jamais appris à lire ni à écrire. Elle ne connaît rien d’autre que ce régime. Daisy (Lucy Halliday), elle, arrive du Canada sous couverture de convertie.

C’est ce changement de génération qui constitue l’argument le plus solide de la série. Agnes et ses camarades sont la première génération à n’avoir connu que Gilead. Elles ont intériorisé ses règles, ses hiérarchies, ses injustices, sans en avoir jamais connu l’alternative. Là où June se battait contre un système qu’elle avait connu autrement, Agnes le reproduit sans même le questionner, du moins au départ. Ce basculement progressif est ce que la série fait de mieux.

Le fascisme en pastel

Le changement visuel est immédiat. L’esthétique blafarde et oppressante de La Servante écarlate laisse place à une explosion de couleurs douces : les Pourpres, les Perles, les Roses, les Vertes. Chaque teinte correspond à un statut, à un degré d’avancement vers le mariage. La palette est jolie. C’est exactement le problème. Derrière l’élégance de ces tons pastel, la couleur étouffe, corsète les corps et les esprits. Les Testaments adopte les codes de la série pour adolescentes pour mieux montrer en creux l’esthétique du fascisme.

L’atmosphère rappelle par moments Virgin Suicides de Sofia Coppola : vaporeuse, adolescente, volontairement surannée. Des choix musicaux décalés, rock alternatif en fond de scènes de transition, soulignent la rébellion interne de jeunes femmes qui n’ont pas le droit d’être des adolescentes. Car malgré tout, elles le restent. Agnes en pince pour un garde. Elles inventent un langage qui n’appartient qu’à elles. La série réserve même quelques séquences teintées d’humour, ce qui la distingue clairement de son aînée, plus sombre et éprouvante.

Dans cet univers qui essentialise les femmes, leur éducation à la broderie et au service du thé n’est qu’une diversion en attendant ce qui compte vraiment aux yeux de Gilead. La série aborde ces rituels avec une simplicité et un réalisme rares, sans pudeur ni dramatisation.

Le poids de l’aînée

Le casting est solide. Chase Infiniti porte la série avec une retenue qui dit beaucoup sans forcer. Ann Dowd, en Tante Lydia, continue de creuser l’un des personnages les plus complexes de la télévision récente, révélant ici une femme de plus en plus consciente des failles du système qu’elle a contribué à bâtir. Lucy Halliday, Rowan Blanchard et Mattea Conforti complètent un ensemble sans maillon faible.

Là où la série accroche, c’est dans son rapport à l’originale. Elle reste trop attachée à son aînée pour exister pleinement par elle-même. Les références aux événements de La Servante écarlate sont constantes. Daisy ressemble à une version rajeunie de June, avec les mêmes réflexes, les mêmes dilemmes, ce qui donne parfois une impression de déjà-vu. Les téléspectatrices qui ont suivi les six saisons risquent d’avoir l’impression de repasser par les mêmes cases, en moins radical.

La série aurait peut-être gagné à prendre un risque plus grand : s’ouvrir sur l’après-Gilead, explorer comment on reconstruit une démocratie, comment on se défait d’un endoctrinement. Pour l’instant, Les Testaments séduit par son vernis et inquiète par ce qu’elle révèle en creux. Le vrai test sera de savoir si elle peut tenir ce double jeu sur plusieurs saisons, sans finir par ployer comme son aînée.

Quand sort Les Testaments ?

Les trois premiers épisodes sont disponibles à partir du mercredi 8 avril sur Hulu sur Disney+ au Canada.

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