Le rapport que les humains entretiennent avec le territoire et, par le fait même, avec leur bagage culturel est un sujet que chérit particulièrement l’autrice et artiste multidisciplinaire Anaïs Barbeau-Lavalette. C’est avec ce thème universel comme point de départ, en étroite collaboration avec son partenaire de vie et de tous les projets, Émile Proulx-Cloutier, qu’elle a conçu la pièce Pas perdus ӏ documentaires scéniques.
Le spectacle avait d’abord été créé au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui au printemps 2022 et avait poursuivi ses représentations sous forme de tournée au Québec en 2023. La pièce est présentée en rappel ces jours-ci chez Duceppe, à Montréal, pour quelques dates seulement.

Les sous-thèmes explorés par le duo de création dans l’élaboration de cette œuvre touchent notamment le rapport à la mémoire, à la transmission, au langage sous toutes ses formes, et à l’expression de soi. Réunissant huit protagonistes qui ont souhaité se raconter et exprimer leur rapport à leur cheminement respectif et à leurs passions singulières, Anaïs Barbeau-Lavalette et Émile Proulx-Cloutier ont mené des recherches et entrevues avec ceux-ci pour les inviter à prendre part au projet scénique.
Tour à tour, les individus qui ne sont ni des comédiens, ni des personnalités publiques, s’engagent dans une discussion ouverte avec Anaïs, qui va dans plusieurs sens, et qui a pour but de les laisser donner vie à leur propre récit sous forme de témoignage. Ils livrent sur scène des pans très personnels de leur vécu, de leur philosophie de vie et de leur rapport aux autres. Un univers très particulier unit les huit individus.

L’entrevue comme format de présentation impose une certaine lenteur au rythme des discussions et de l’évolution de l’idée centrale de l’œuvre. La lenteur est propice à certaines parties de la pièce pour permettre à l’auditoire de saisir toute la charge émotive des histoires racontées qui sont particulièrement complexes et personnelles et requièrent beaucoup d’espace pour se dévoiler une phrase à la fois. Par moments, cependant, la lenteur peut poser un certain défi pour le spectateur à se plonger dans l’histoire et à se laisser porter par le récit global du projet théâtral.

La mise en scène assurée par Émile Proulx-Cloutier est très sobre et dépouillée de tout artifice, laissant place à la parole, au témoignage et aux silences. L’intérêt que portent les auteurs aux individus dont ils se sont entourés pour tisser le fil narratif de cette œuvre est indéniable. Leur respect et leur bienveillance envers les participants sont palpables dans la façon dont ils leur laissent tout l’espace et la lumière nécessaires pour se raconter avec vulnérabilité.
La pièce Pas perdus ӏ documentaires scéniques est présentée par le Théâtre chez Duceppe à la Place des Arts jusqu’au 18 février inclusivement. Pour plus de détails, visitez la page web. Bon spectacle !