Critique de film : Dans la cuisine des Nguyen

J’ai eu la chance d’assister à la première montréalaise de Dans la cuisine des Nguyen, un film réalisé par Stéphane Ly-Cuong et mettant en vedette la comédienne Clotilde Chevalier, présenté au Cinéma du Musée le 23 février dernier.

Yvonne (Clotilde), d’origine vietnamienne ayant vécu toute sa vie en France, rêve de percer dans le milieu de la comédie musicale. Dans l’espoir de réaliser ce rêve, elle enchaîne les auditions afin de se faire remarquer. Elle quitte son copain, indifférent à ses ambitions, pour aller vivre chez sa mère, qui lui impose alors davantage de responsabilités familiales, notamment de l’aider dans la cuisine du restaurant familial.

Pour arriver à joindre les deux bouts, Yvonne occupe aussi un emploi d’agente promotionnelle pour des produits alimentaires asiatiques, derrière un comptoir où peu de gens semblent intéressés, tout en conservant une attitude enthousiaste sur ses patins à roulettes, vêtue d’un habit traditionnel.

La mère d’Yvonne ne comprend ni son désir de réussir dans un domaine artistique peu lucratif, ni le fait qu’elle n’ait toujours pas trouvé un homme « convenable ». Elle tente même de lui présenter un ami d’enfance, devenu médecin, dans l’espoir de la marier. Celui-ci se révèle toutefois gay, un sujet encore tabou pour une partie de la génération des baby-boomers vietnamiens.

Avec l’aide de son ami Coco, metteur en scène de comédies musicales à petit budget, Yvonne poursuit sa formation vocale dans l’espoir de décrocher un rôle dans une production d’envergure. Elle finit par se faire remarquer lors d’une audition importante, laissant planer le suspense quant à la suite de son parcours.

Ce qui marque d’abord dans ce film est la relation entre Yvonne et sa mère, ainsi que les liens qu’elle tisse avec les gens qu’elle côtoie dans le milieu artistique. Bien que l’action se déroule en France, le récit reflète la réalité vécue par de nombreux Vietnamiens québécois issus des générations Z et milléniale, partagés entre deux univers culturels parfois contradictoires.

La quête identitaire de ces jeunes adultes, dont je fais moi-même partie, n’est pas toujours évidente. Cette difficulté se traduit à travers plusieurs non-dits, notamment lorsque certains parents rêvent de voir leurs enfants devenir médecins ou travailler dans le domaine de la santé afin d’assurer leur stabilité financière, alors que ces derniers aspirent plutôt à une carrière artistique.

Les conventions de la société québécoise ou française et celles de parents ayant grandi au Vietnam ne sont pas toujours faciles à concilier. Entre le rêve auquel Yvonne s’accroche depuis l’enfance et son attachement à ses origines, le film met en lumière les divergences entre les perceptions de différentes générations.

En parallèle, sa mère se remémore la guerre du Vietnam ainsi que son immigration vers la France. Ces événements ont profondément marqué son parcours. Yvonne, qui n’a jamais visité le Vietnam, entretient un rapport différent avec ses racines et se sent moins attachée aux traditions que ne le souhaiterait sa mère. Malgré ces incompréhensions, leur amour mutuel demeure évident.

Un élément rassemble toutefois les deux femmes : la perte du père d’Yvonne. Ayant moi aussi vécu le décès de mon père, j’ai été particulièrement touchée par les scènes où cette figure paternelle refait surface à travers des souvenirs d’enfance. La scène où la mère revoit son mari alors qu’ils étaient encore jeunes est sans doute l’une des plus émouvantes du film.

Pour alléger le propos, la nourriture occupe également une place importante dans le récit. Les mets traditionnels vietnamiens sont présentés avec humour, mais aussi avec sensibilité. L’acte de manger devient ainsi un moment de réconfort et de retour aux sources.

Au fil du visionnement, le film suscite une variété d’émotions, allant du rire aux larmes. J’ai été enchantée de voir cette production mettre en lumière la culture vietnamienne à travers des personnages attachants et des scènes à la fois touchantes et humoristiques.

Lors de la période de questions qui a suivi la projection, un message important a été partagé : celui de soutenir ce type de production en allant voir ces films en salle et en en parlant dans les médias et sur les réseaux sociaux afin de favoriser une plus grande représentativité dans le milieu artistique.

En somme, Dans la cuisine des Nguyen est un film touchant qui aborde avec sensibilité les défis intergénérationnels au sein de la diaspora vietnamienne. Une œuvre accessible qui permet d’en apprendre davantage sur cette culture et sur les réalités vécues par les familles de première génération.

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