« Parce qu’on chie dans l’eau potable
On chie dans l’eau potable !
On fait ça !
Pis on est même pas reconnaissants !
De chier dans l’eau potable !
Est-ce que l’humanité est accomplie
coudon’ ?
C’est-tu ça qui se passe ? »

Iels sont dix à habiter l’espace de la scène, dans leurs froufrous colorés et pailletés. Dès les premiers instants, la frontière entre les interprètes et le public est abolie. Iels s’adressent à nous, le courant le passe:
« Alors nous on a pensé que par rapport à ce soir ça serait super de faire comme une sorte de survol de comment ça se fait que vous êtes dans l’état dans lequel vous êtes »
Un grand pari. Étienne Lepage signe le texte de Trop humains qui propose d’exposer comment ça se fait qu’on est dans l’état dans lequel on est en explorant les lubies, les travers, les bas instincts de l’humanité. Ici, pas question de grande erreur fatale, de faute irréparable : seulement des petites lâchetés, des fissures qui nous renvoie le reflet d’un masque de clown lézardé.

Avec humour et candeur, le texte de Lepage et la mise en scène de Catherine Vidal pointent nos revers, nos secrets inavouables, nos manques de morale à travers un miroir grossissant. Les interprètes s’échangent dans des scènes cinglantes et légèrement absurdes pour confronter l’hypocrisie « des êtres humains qui se font rattraper par leurs pulsions, qui ne voient pas leurs véritables motivations, qui se bernent eux-mêmes » (Catherine Vidal).
Renforcé par les costumes fantaisistes de Wendy Kim Pires, le public a l’impression d’assister à un drôle de « carnaval délirant » qui n’a pas grand-chose de léger, si l’on y pense vraiment. Catherine Vidal écrit que « ces créatures pourraient vous faire penser aux clowns qu’on [voit] dans les hôpitaux, ceux qui viennent distraire les patient·es de leur douleur ». Le texte navigue entre sérieux et fantasme rigolo pour laisser entrer la lumière. Iels sont vil.e.s, mais pas irrécupérables.
Il y a encore de l’espoir.

Sans fard malgré leurs visages maquillés, ces clowns font exploser le quatrième mur et « jouent de la fiction pour mieux nous révéler à nous-mêmes» (Xavier Inchauspé). Il est peut-être trop confrontant de se regarder en face. Il faut passer par le truchement des histoires. Certain.e.s arrivent peut-être à se convaincre que c’en est.
Avec candeur et générosité, ces clowns modernes s’échangent et cafouillent sur des sujets quotidiens pour révéler leurs contradictions dans une franchise déconcertante. Le texte utilise l’hyperbole comme on poserait une loupe sur la cupidité, les mensonges blancs, les petites manipulations, l’hypocrisie qui s’ignore, la vanité. Derrière nos grands idéaux et l’idée qu’on se fait de soi, que se cache-t-il?
On le devine, au Théâtre de Quat’Sous, jusqu’au 5 octobre.