Aianishkat : d’une génération à l’autre

Dans sa nouvelle création, l’artiste multidisciplinaire innue Soleil Launière convie le public à une expérience unique. Aianishkat signifie d’une génération à l’autre. Avec la performeuse, sur scène, l’accompagnent une contrebassiste, sa mentore de 70 ans ainsi que son enfant d’un an. Chacune à leur manière, elles influenceront la performance et créeront un objet artistique atypique, empreint de douceur et d’écoute.

Une œuvre sous le signe de l’adaptabilité

L’enfant de Soleil Launière ne sait pas qu’elle se trouve dans une œuvre. Qu’elle devrait agir d’une certaine manière, suivre un texte ou des mouvements. Elle ne sait pas qu’elle est le spectacle, qu’un public l’observe, que ses gestes de tous les jours, à l’Agora de la danse, deviennent soudainement une performance.

La petite joue avec les peluches et ce décor construit comme « un « chemin performatif » […] censé donner envie à Maé-Nitei [sa fille] d’interagir avec l’environnement » (Sors-tu). Sur scène comme dans sa maison, l’enfant laisse libre cours à sa curiosité, ses rires, ses petites peines, ses babils. Elle incarne une naïveté bouleversante, tout n’est que jeu et découvertes. Son imprévisibilité a le pouvoir de créer un spectacle différent chaque soir. La performeuse a une idée générale « des tableaux qu’elle veut voir se déployer, mais le mot d’ordre demeure l’adaptation » (Sors-tu).

Faire la passation de ma culture à ma fille, c’est donc aussi de l’inclure dans mon art.

Place à la guérison

Plusieurs chosent se transmettent d’une génération à l’autre : des yeux noisettes, une peau basanée, une sensibilité pour les petites choses ou un goût pour la fête, des connaissances, des recettes. Plusieurs belles choses se transmettent d’une génération à une autre, mais aussi des peurs. Des traumatismes. Une histoire de génocide culturel.

Dans Aianishkat, Soleil Launière fait pourtant le choix de la tendresse. De la douceur. De la guérison. Car si l’on naît parfois avec le poids du chagrin de nos ancêtres sur nos épaules, il est possible d’entreprendre un long et dur chemin de réparation. La petite lumière d’un an qui court sur la scène, manque de trébucher dans les plis invisibles du tapis avec ses jambes trop courtes pour son envie de grandeur, nous donne envie d’y croire.

De tous les temps, les femmes ont performé le care. S’il a longtemps été un travail invisible, il est possible d’entrevoir, peut-être, une clé de voûte à la guérison. Prendre soin de soi et des autres comme un rempart à la violence.

Deux femmes. Le corps de l'une est penché à 90 degrés vers la gauche, l'autre à droite. Elle semble être une créature à deux têtes. Leurs longs cheveux pendent vers le sol.
Crédit photo: Jean-Christophe Lessard

Aianishkat s’étend sous les yeux du public avec légèreté et fougue. Plutôt que la hiérarchie (absurde) de notre mode de vie nord-américain, où l’adulte blanc de classe moyenne est érigé en producteur de savoir absolu, au détriment des vérités enfantines et de la sagesse des aîné.e.s, Aianishkat présente une structure circulaire de passation des savoirs. Jamais à sens unidirectionnel, l’enfant, l’adulte et l’aînée s’apprennent, s’aident, s’écoutent. Chacune a quelque chose à dire. On apprend de l’enfant à dévier de la route prévue pour chasser le papillon et de l’aînée à s’asseoir quand notre corps est fatigué. On apprend l’amour de sa mère. Des membres de la famille choisis, des animaux et des plantes.

Les femmes ont le pouvoir de réaliser tout ce qu’elles désirent. Soleil Launière vient d’entreprendre un cycle de représentations de quatre soirs avec son enfant d’un an à l’Agora de la danse. Laissez-vous entraîner par le rythme unique et la douceur de ce spectacle d’ici le 5 octobre.