“Ce lac”, un joli roman de Jonathan Hope

Avec le pronom démonstratif « ce », l’auteur parle d’un lac spécifique sans en révéler le nom. Il le décrit à travers une multitude de facettes, manipulant les mots pour mettre en lumière ce qui le rend unique. Jonathan Hope se plaît à explorer librement son écriture, tout en conservant un thème directeur : ce lac.

« Je le répète : ce lac et ce qui y vit, rien de plus ordinaire, c’est à peine un sujet. Je m’étonne d’en parler. N’empêche que mettre le doigt dessus, c’est plus compliqué que ça en a l’air. » (p.31) « Ce qui se défile, ce sont plutôt les mots, les phrases, les expressions, les questions et les histoires. Alors je me demande si je ne devrais pas plutôt dire que ce qui est compliqué, finalement, c’est de mettre la langue sur le lac. La langue avec tous ses tours et détours. » (p.32).

En résumé, ce livre ressemble à une réflexion poétique autour du thème du lac, comme vue par un poète et non par un spécialiste en hydrologie. L’auteur nous invite à ne pas nous attendre à une précision scientifique, mais plutôt à découvrir sa perception du lac, éclairée par ses expériences et ses souvenirs. Il explore tous les aspects imaginables du lac : son apparence, sa géométrie, les éléments présents autour, son impact environnemental, et sa relation avec la société. Parfois, son écriture se laisse emporter par l’imaginaire : « Sur une carte, si on se force et qu’on interprète généreusement sa forme, le lac ressemble approximativement à un chien ou à une licorne galopante, ou à une sorcière sur un balai. » (p.17).

Conscient des mots, il cite divers types de végétations – des plantes de rive aux plantes aquatiques. Pour pimenter le texte, il insère le mot le plus long qu’il ait trouvé : « aminométhylpyrimidinykdrixyéthylméthylthiazolium », ce qui contraste avec un des termes les plus courts présents : « ifs », un type de plante (p.26). Il considère la longueur des mots pour dresser un inventaire de la végétation. Les êtres vivants qu’il observe autour du lac, tels que les poissons et les oiseaux, sont également décrits avec sa plume littéraire.

À l’ouest du lac, il mentionne une usine : « Surplombant le lac, à même la rive, l’usine colossale ronronne jour et nuit. » « Des centaines de citoyennes et citoyens de la ville travaillent dans cette usine. Les avis divergent sur sa fonction. On y transforme je ne sais trop quoi. Des rêves, sans doute. » (p.54). Il relate un incident marquant, tel qu’un incendie à l’usine causé par un camion à ordures et les conséquences rocambolesques qui s’ensuivent. Le terme rocambolesque semble à peine suffisant pour décrire cette série d’événements.

Il décrit aussi les activités et loisirs associés au lac, comme la pêche : « C’est beau, la pêche. Un coup de bras, la cuillère et l’hameçon qui décollent. En un clin d’œil, la ligne trace une courbe mouvante dans l’espace, puis tout disparaît en un point à la surface de l’eau, un volume insondable. » (p.66). Il aborde le thème de l’itinérance, évoquant la réaction des gens face à l’arrivée d’une personne sans-abri qui, bien qu’inoffensive, fait désormais partie du décor en venant pêcher régulièrement.

L’auteur s’interroge aussi sur l’avenir de la ville avoisinant le lac, si celui-ci venait à disparaître : la ville s’étendrait simplement et couvrirait la surface du lac. La présence de ce plan d’eau force les routes à contourner, créant des détours. La croissance de la ville est ainsi limitée par le lac.

L’hiver est également abordé. Il souligne la beauté du lac gelé et ses activités préférées : « J’aime aussi me coucher face contre la glace et braquer les yeux sur la profonde noirceur du lac. Me sentir et me savoir suspendu sur une eau sombre est un plaisir enfantin. La glace épaisse au milieu du lac est spectaculaire, avec ses lézardes, ses cristaux et ses enflures. » (p.73). Il évoque aussi la canicule de mai et la baisse du niveau d’eau, témoin des changements de saison.

À travers ses descriptions, des souvenirs refont surface, accompagnés des prénoms de ceux qui l’ont accompagné au bord du lac. On fait ainsi connaissance avec son entourage, qui a également partagé des moments près de ce lac. Il s’approprie presque cet espace, dévoilant de nombreux moments vécus à proximité.

Mon avis

L’écriture de l’auteur est unique en son genre, explorant des points de vue variés autour du thème central du lac. On ressent qu’il a soigneusement choisi ses mots pour décrire le lac, tout en ayant la liberté d’élargir son sujet en abordant des sous-thèmes pertinents. Sans être scientifique, il partage une vision technique tout en nous offrant des descriptions sublimes qui permettent d’imaginer chaque élément.

Vers la fin, il conclut avec une phrase infiniment longue, un résumé majestueux du lac qui englobe tous ses éléments caractéristiques. Bien que « ce lac » soit un livre de petite taille, il est riche en contenu, avec des descriptions élaborées, des métaphores parfois imaginatives et parfois plus réalistes. Il ne prend peut-être pas beaucoup de place dans une bibliothèque, mais il mérite d’y figurer. À découvrir dans toutes les librairies du Québec !