Chimerica, à voir absolument!

J’ai pu voir Chimerica, la pièce de théâtre de Lucy Kirkwood au Théâtre Duceppe. Je vous la recommande fortement tant par son histoire que par son jeu.

Photo : Danny Taillon

L’Histoire

Au deuxième jour de la répression sanglante de la place Tiananmen, juste avant que des soldats du régime chinois ne forcent la porte de sa chambre d’hôtel, le photojournaliste américain Joe Schofield capture un morceau d’histoire : le moment où un homme seul se dresse devant la colonne de chars qui traverse Beijing. Son visage n’est pas visible; son identité et son sort demeurent un mystère. Immortalisée le 5 juin 1989, cette image captivera le monde. Vingt-trois ans plus tard, Joe Schofield apprend que le Tank Man est toujours en vie et qu’il se trouverait en Amérique. Mettant en péril sa carrière, ses relations et son éthique, il s’engage dans une quête obsessionnelle pour retrouver ce héro inconnu.

Photo : Danny Taillon

Pourquoi voir Chimerica ?

Après avoir lu le livre de Jean-François Lépine, j’étais curieuse de voir Chimerica pour mieux comprendre l’évolution de la Chine par rapport à nos pays occidentaux. Se faire raconter ce qui s’est passé à la place Tiananmen, même si c’est une œuvre inspirée, est nécessaire à ma culture. Il ne faut pas oublier que cet événement tragique est effacé (ou diminué d’importance) dans l’enseignement en Chine. La nouvelle génération chinoise n’est pas informée de ce morceau historique de leur pays. Voir Chimerica, on comprend mieux les raisons.

Étant d’origine vietnamienne, je voulais aussi être témoin de cette première dont plus de la moitié de la distribution est sinocanadienne. Les scènes se déroulant en Chine sont jouées en mandarin avec surtitre. Je suis tellement fière de voir la communauté asiatique briller sur les planches du Québec (surtout après la vague pandémique de racisme anti-asiatique)!

Photo : Danny Taillon

Ce que j’en pense

On suit parallèlement en 2012, le journaliste Joe Schofield (Alexandre Goyette) aux États-Unis ainsi que Zhang Lin (Derek Kwan) en Chine. Ce dernier a assisté aux massacres de la Place Tiananmen, qui l’a laissé traumatisé. On le suit dans sa survie quotidienne avec des flashbacks en 1989.

J’ai eu beaucoup de mal à m’attacher au personnage de Joe. Je trouve sa quête pour l’identité du Tank Man démesurée, l’aveuglant à un point tel qu’il néglige son amitié avec Zhang Lin et son amour naissant avec Tess. Certains de ses comportements impulsifs m’ont laissée perplexe. J’ai essayé de les justifier en les réduisant aux stéréotypes américains, mais son personnage ne m’a aucunement convaincu en bout de ligne.

Les scènes se passant en Chine ont davantage capté mon attention. La dépression et le traumatisme de Zhang Lin sont palpables. Les enjeux de pollution, de job, de liberté d’expression dans lesquels est baigné son entourage touchent les cordes sensibles de mon quotidien démocratique. Derek Kwan et Albert Kwan (Zhang Lin et son frère) ont livré une performance pleine de complicité dans leur relation convaincante de frères. Il est essentiel de mentionner également la belle performance candide de Li Li, dans le rôle de la fiancée de Zhang Lin, qui a apporté de la douceur à l’horreur.

Originalement écrite en anglais par la Britannique Lucy Kirkwood, la pièce a été traduite en français et adaptée à notre culture. Elle comporte des sacres québécois qui sont solidement livrés par Manuel Tadros, dans son rôle de patron de Joe (que j’ai trouvé superbe).

Pour une asiatique de deuxième génération comme moi, Chimerica me parle grandement. Certes, c’est à travers les lunettes de l’Occident qu’est racontée son histoire, mais la pièce m’a impressionnée globalement et surprise par son dénouement. Je la conseille fortement parce que même fictive, elle résume grossièrement ce qui se passe en Chine.

Expositions

En marge de la pièce, deux expositions se trouvent dans la salle commune du Théâtre Duceppe. Assurez-vous de venir d’avance afin d’explorer la mini exposition sur le Quartier Chinois de Montréal. Prenez également le temps d’admirer les portraits photos de personnes d’origine chinoise projetés sur le mur près des toilettes.

Chimerica est à l’affiche du mercredi au dimanche jusqu’au 17 février. Les billets sont en vente sur leur site web.
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