Cube : où science-fiction rencontre existentialisme

Du 2 juillet au 25 août 2024, la cinémathèque québécoise présente, en collaboration avec Fantasia, un cycle thématique. Place à la science-fiction !

En presque deux mois, ce seront plus de 100 films qui exposeront le public à des imaginaires futuristes et technologiques, utopiques ou dystopiques, d’ici et d’ailleurs, d’avant et d’aujourd’hui. Un programme diversifié du meilleur que le genre a à offrir.

Lauréat du prix du meilleur premier film canadien (TIFF 1997), Cube est un long-métrage de science-fiction réalisé par Vincenzo Natali en 1997.

Un groupe de personne se réveille dans un endroit mystérieux à la forme cubique. Sur chaque face du prisme, une porte. Derrière ces portes ? Impossible de savoir. Ce qui se fait savoir rapidement, cependant, c’est que plusieurs d’entre elles sont piégées et risquent de donner la mort si l’on est pas prudent.e (comme l’expose la scène initiatrice glaçante du film).

Dans le cube, une médecin, un policier, une brillante étudiante de mathématique, un designer informatique et un évadé de prison. Ils ne se connaissent pas, mais comprennent qu’ils devront faire équipe pour sortir de là. Comment user des forces de chacun.e pour trouver son chemin dans ce labyrinthe mortel ? Comment avancer au rythme du plus faible sans se mettre en danger alors que l’humanité est la seule richesse qu’il reste ?

Cube se déplie sous les yeux du public comme une grande allégorie sur la nature humaine, le pouvoir et la collectivité. Un gardien de la paix qui se transforme en meurtrier. Un employé de bureau qui accomplit bien son travail au sein d’une grande machine qu’il ne comprend pas totalement et dont il n’est que le rouage.

On devient plus facilement manipulable si l’on ne fait que regarder sous son nez en ignorant le dessein global. Mais lorsque la structure s’écroule, que devient-on ? La hiérarchie est-elle inévitable ? L’abus ? Peut-être sommes-nous voué.e.s à reproduire le système en place sous différents visages.  Les plus faibles sont abandonnés. Les plus forts physiquement (souvent les hommes) prennent le pouvoir et en abusent (souvent des femmes et des plus faibles qu’eux). Différentes classes entrent en collision, de la médecin au prisonnier. Cube donne à voir les mécanismes pernicieux qui autorisent la violence.

Dans un huis clos hautement stylisé, les protagonistes du cube montrent toutefois la subversion possible, pour le meilleur ou pour le pire. L’agent de paix devient catalyseur de haine. La médecin croit aux théories du complot. La personne au profil neuroatypique s’avère une clé de solution importante, capable de résoudre des problèmes mathématiques complexes. Dans cette prison labyrinthique, les personnages sont cruellement mis en face de leurs propres failles et de leur vulnérabilité. Peut-être plus encore que les lance-flammes, lasers et gaz, la vraie peur réside dans l’acte de faire confiance et de risquer d’être dupé.e.

Le vrai piège est en nous-mêmes.

Notre esprit est un labyrinthe duquel nous cherchons désespérément la sortie.

Véritable métaphore de l’existence à l’ère du capitalisme néo-libéral, Cube s’annonce comme un voyage aux confins de la psyché humaine dans un rythme entraînant et effroyable. Emprisonné.e.s, coupé.e.s de leur empathie et vacillant au bord de leur identité fragile, les personnages sont à l’image d’électrons batifolant dans un circuit électrique : absurdes, complexes, enchevêtrés dans un dédale qui n’a pas de sens autre que celui qu’on lui confère.

Worth: This may be hard for you to understand, but there’s no conspiracy. Nobody is in charge. It’s a headless blunder operating under the illusion of a master plan. Can you grasp that? Big Brother is not watching you. […] if this place ever had a purpose, it got miscommunicated, or lost in a shuffle. I mean, this is an accident, a forgotten perpetual public works project. Do you think anybody wants to ask questions? All they want is a clear conscience, and a fat paycheck. […]

Holloway: Why put people in it?

Worth: Because it’s here. You have to use it or you admit it’s pointless.

À travers un existentialisme sensible pour contrebalancer l’horreur, Cube est un film intemporel qui pose d’importantes questions philosophiques et morales. Qui sommes-nous ? Que faisons-nous ici ? Notre existence a-t-elle un sens ? Pourquoi moi, nous ? Servons-nous à quelque chose ?

Nous sommes des électrons dans l’espace

Les pièges dans lesquels nous tombons sont ceux que nous avons nous-mêmes créés

Nous nous débattons follement

Il ne faut qu’espérer que la danse soit belle

vue de là-haut