De l’horreur au théâtre, l’adaptation de « Ma vie rouge Kubrick »

La pièce Ma vie rouge Kubrick est une adaptation du roman du même nom de l’auteur Simon Roy, décédé en 2022. Il est généralement difficile de transposer une œuvre littéraire en pièce de théâtre, et je craignais d’être déçue.

Je suis agréablement surprise qu’Éric Jean ait bien relevé le défi de la mise en scène : l’imaginaire de Simon Roy prend vie à travers un visuel, une trame sonore et des personnages convaincants. Ma vie rouge Kubrick sur scène est encore plus macabre que lors de sa lecture.

Crédit photo : Yanick Macdonald

Résumé

C’est par la réplique inusitée « Tu aimes les glaces, canard ? » que le romancier Simon Roy, à l’âge de 10 ans, a découvert The Shining, célèbre film de Stanley Kubrick adapté d’un roman de Stephen King, dans lequel un aspirant écrivain devient le gardien d’un hôtel inhospitalier. L’œuvre est devenue une obsession pour lui, entre autres parce qu’elle lui a permis de faire face aux tourments de sa propre généalogie, qu’il qualifie de macabre. Ma vie rouge Kubrick, dans une mise en abyme étonnante, redessine des lignes de sens inédites.

Auteur : Simon Roy

Mon avis

J’ai rencontré Simon Roy lors d’un atelier d’écriture qu’il animait il y a presque dix ans. Nous étions restés en contact, et il me motivait et me guidait dans mes écrits créatifs. Je connais bien son style, et je sais qu’il aurait été fier de voir son roman prendre vie.

Au départ, je ne comprenais pas la nécessité d’avoir deux acteurs pour cette œuvre. Néanmoins, les deux comédiens, Mickaël Gouin et Marc-Antoine Sinibaldi, sont solides. Plus la pièce avançait, plus j’ai compris leur dualité et le parallèle avec le jeu de miroir, semblable à des jumeaux non identiques, renforçant la référence aux jumelles de Kubrick.

Pour ceux qui ont lu le livre, il est intéressant de voir comment les références des chapitres prennent vie sur scène. Les jeux d’ombres, les bribes de scènes du film The Shining et les pièces musicales suivent bien le fil conducteur du texte. Les spectateurs sont plongés dans une atmosphère plus réaliste que ce qu’ils avaient lu et imaginé. Certaines scènes étaient plus horrifiantes et émouvantes sur scène qu’à la lecture. J’avais parfois la chair de poule, d’autres fois des larmes aux yeux.

Crédit photo : Yanick Macdonald

J’ai particulièrement aimé la scène entre Lloyd et Simon : la projection du lobby et le bruit du brouhaha de l’hôtel donnent une dimension plus vivante aux dialogues de ce chapitre. L’interprétation est plus bouillonnante et émotive que dans le roman.

En somme, chapeau à la production Les Deux Mondes, qui a réussi la transposition de Ma vie rouge Kubrick en pièce de théâtre. Sa sortie tombe à point dans la semaine de l’Halloween, car on peut y être témoin de l’horreur autrement. Âmes sensibles, soyez avertis : l’œuvre aborde des sujets de meurtre et de suicide basés sur des faits réels de l’auteur.

La pièce est présentée au Théâtre Denise Pelletier jusqu’au 16 novembre.