J’ai récemment vu le drame américain Rosemead, réalisé par Eric Lin, mettant en vedette Lucy Liu et Lawrence Shou.
Actrice que je suis depuis des décennies, Lucy Liu s’est fait connaître à travers des personnages devenus iconiques, notamment dans Charlie’s Angels et Kill Bill. Dans Rosemead, elle surprend par la profondeur et la retenue de son jeu. Elle y incarne Irene, une mère immigrante taïwanaise, récemment veuve, atteinte d’un cancer, qui tente de survivre tout en prenant soin de son fils schizophrène. Un rôle lourd et exigeant, qu’elle porte avec une sobriété et une justesse remarquables. Ici, Lucy Liu est méconnaissable et livre une performance qui s’impose comme le cœur du film.
Inspiré d’une histoire vraie survenue à Rosemead, en Californie, le film s’ancre dans un drame familial réel, celui d’une mère immigrante confrontée à la maladie mentale sévère de son enfant, dans un contexte de grande détresse psychologique et d’isolement.

Mon avis
Rosemead aborde un tabou encore très présent dans certaines communautés asiatiques : la maladie mentale. Celle-ci est ici associée à la médisance et à la honte, donnant lieu à une confrontation entre deux systèmes de pensée, la psychiatrie occidentale et des méthodes traditionnelles visant à chasser le « démon ». Le film illustre avec beaucoup de justesse l’isolement et l’incompréhension auxquels peuvent faire face les familles asiatiques dans ce type de situation.
Le manque de communication entre les parents de première génération et leurs enfants est également bien représenté. L’amour est indéniablement présent, mais les barrières linguistiques, culturelles et émotionnelles creusent un fossé difficile à franchir. Irene cache sa maladie à son enfant, tandis que celui-ci dissimule ses crises de panique à sa mère. Tous deux se retrouvent démunis face à la souffrance de l’autre, sans réel soutien de leur communauté.

Si le scénario parvient à résumer les événements du drame réel de Rosemead, il présente néanmoins certaines faiblesses sur le plan narratif. L’histoire aurait gagné à être mieux structurée et plus explicite, notamment pour un public peu familier avec la schizophrénie. Certains éléments clés du passé familial, en particulier la relation avec le père et les circonstances de son décès, demeurent flous, ce qui nuit parfois à la compréhension globale.
Malgré ces limites, Lucy Liu demeure le pilier émotionnel du film. Elle incarne avec une grande vérité une mère épuisée par la maladie, isolée de sa communauté et dépassée par la condition de son enfant. Son jeu, profondément humain et sans excès, m’a émue à plusieurs reprises.

Rosemead rend hommage aux familles immigrantes qui vivent à la frontière des chocs culturels, là où l’incompréhension, le manque d’information et l’insuffisance des ressources peuvent entraîner des conséquences dramatiques. C’est un film nécessaire pour ouvrir le dialogue et briser les tabous. Il mérite d’être vu, ne serait-ce que pour la performance de Lucy Liu, d’une rare intensité.
Rosemead est présentement à l’affiche et est projeté uniquement au Cinéma Scotiabank.