Music sensation : la 3e édition d’un waacking battle enflammé

Ils et elles sont tout de paillettes vêtu.e.s. Dans un numéro d’ouverture enflammé, l’ensemble fouette ses bras de haut en bas, de gauche à droite : c’est du waacking. Danse de rue née à la fin des années 60 dans les discothèques de Los Angeles, le waacking s’inspire de la culture populaire du moment, allant du disco aux personnages animés du cinéma muet. Culture d’abord underground, ce style de danse aux jeux de bras complexes, cousine du vogue, naît des communautés homosexuelles, afro-américaines et latinos. Pour ces groupes marginalisés, le waacking devient un espace de revendication et d’émancipation. Pas étonnant que son nom soit dérivé de l’onomatopée whack, désignant le bruit d’une claque. Imitant les poses des icônes de l’âge d’or hollywoodien comme Greta Garbo, Fred Astaire ou Marilyn Monroe (Centre national de la danse), le waacking se joue des codes d’une culture qui ferme les yeux sur plusieurs réalités. Les discothèques deviennent un lieu d’affirmation de soi, de jeu et de réaproppriation d’un narratif pour les invisibilisé.e.s. 

Aujourd’hui, le waacking est pratiqué par une communauté aussi diverse que riche et bien vivante. Music sensation la met bien en valeur. Au cours d’un battle, seize danseur.euse.s performent par groupe de deux en face à face. Ils et elles dansent l’un.e contre l’autre, mais c’est surtout contre soi-même que l’on livre la réelle bataille. Avec grand respect pour le travail de chacun.e, les battles mettent de l’avant l’écoute, le partage et l’expression de soi. 

La musique de Lost Heroes accompagne les performances qui enivrent la Sala Rossa. Déjà DJ au moment où le disco jouait avec ferveur dans les bars, ce passionné est un manuel d’histoire vivant. New York n’avait rien à envier à Montréal dans la night life des années 70 et l’un des DJ les plus influents de l’époque était un québécois! Pour accompagner Lost Heroes, un musicien se joint : Zander Howard-Scott. Ajoutant ses propres rythmes à ceux de Lost Heroes, un nouveau son est improvisé devant le public. Au fil des rounds, Howard-Scott passera du piano au violoncelle, rendant la tache aussi difficile que plus belle pour les danseur.euse.s d’improviser sur de la musique live. 

Une femme danse sur une scène aux carrés noirs et blancs. Dans le coin, un. homme joue du violoncelle.
La juge, Rina, offre une performance au son du violoncelle de Zander Howard-Scott.
Crédit photo: Caroline Hayeur

C’est bien de ça dont il s’agit dans Music Sensation : montrer la diversité du waacking, sa contemporanéité, ses facettes multiples. Tous les visages que ce style peut prendre. Et il y en beaucoup. Autant qu’il y a d’interprètes. D’abord au compte de 16, puis de 8, de 4 et enfin de 2, les danseurs et les danseuses s’attaquent à des sons irréguliers et se laissent joyeusement transpercer par la musique, elle aussi improvisée. Les mélodies et le corps s’accordent jusqu’à ne plus savoir ce qui vient en premier : le mouvement ou le son? Les rythmes coulent sur les membres des interprètes, parfois avec puissance, d’autres fois avec douceur. Ce qui propulse les deux finalistes au dernier round, c’est le caractère viscéral du mouvement: cet équilibre infléchi entre le hasard de l’improvisation et la conviction d’avoir eu ce geste caché en nous tout ce temps, qui n’attendait que d’être mis à exécution, exactement sur cette chanson. 

Plusieurs personnes dansent sur scène, ils et elles pointent vers la gauche
Crédit photo: Caroline Hayeur

Music sensation met en lumière le potentiel de réinvention du waacking, sa nature mouvante et plurielle. Sous la direction artistique d’Axelle Munezero, ce battle présenté par le Festival Phénomena est un exemple éloquent de communauté, de générosité et de liberté.