Théâtre: À quelle heure on est mort?

La pièce À quelle heure on est mort est présentée au Quat’Sous dans une version réformée de son idée initiale. Le texte, composé à partir de l’œuvre de Réjean Ducharme et assemblé par Martin Faucher, devait être joué au printemps 2020 par Gilles Renaud et Louise Turcot. Le confinement en ayant décidé autrement, la pièce a été annulée et le spectacle remanié par le metteur en scène Frédéric Dubois et son équipe de création, pour créer une nouvelle version montée à partir de fragments de textes de l’écrivain. La quête de magnificence dans la banalité du futile propre aux textes de Ducharme a été mise en lumière de façon précise et éclatée à la fois.

Crédit photo: Sylvie-Ann Paré

Une scénographie vive

Toute en images et en mouvement, la pièce propose un arrimage intéressant de différents fragments de textes de l’œuvre de Ducharme en les inscrivant dans une ambiance ludique et animée qui soulève une dichotomie fascinante entre la légèreté de l’enfance imagée, la noirceur et la profondeur de certains des thèmes abordés. Des segments d’entrevue avec les interprètes de l’œuvre initiale Gilles Renaud et Louise Turcot sont aussi joués en trame de fond comme un rappel, un clin d’œil de la proposition de base, mais aussi un accompagnement des artistes aînés avec une sorte de bienveillance. La scénographie est pleine de vitalité et de folie, ce qui ajoute davantage au contraste de jeu de la vie et de l’idée de la mort avec les mots de Ducharme comme ligne directrice.

Crédit photo: Sylvie-Ann Paré

Un bel hommage à l’idée de départ

Les interprètes Bozidar Krcevinac et Marie-Madeleine Sarr qui jouent les personnages de Mille Milles et Chateaugué surprennent par leur complicité hors pair et leur jeu physique et intérieur à la fois, tout en portant la charge intimidante d’interpréter les mots de Ducharme. Ils sont engagés et démontrent une intimité sur scène qui est rarement aussi naturelle.

En entrevue avec Bozidar Krcevinac et Marie-Madeleine Sarr à la suite d’une représentation de l’œuvre, nous leur avons demandé quel rapport ils entretenaient avec Louise Turcot et Gilles Renaud, et comment ceux-ci les avaient inspirés dans leur propre démarche. Marie-Madeleine a répondu qu’ils s’étaient rencontrés dès le départ. Tout au long du processus de l’élaboration de la pièce, Bozidar et elle se sont nourris des entrevues données par les interprètes aînés. Les deux jeunes interprètes souhaitaient rendre justice à l’idée initiale tout en y amenant une nouvelle perspective. Bozidar ajoute qu’il aurait aimé voir la version originale et que certains clins d’œil sont demeurés dans À quelle heure on est mort, notamment au niveau de la conception sonore lorsque le son d’une bouilloire est utilisé.

Dans le contexte d’une proposition de jeu aussi physique et ludique, Marie-Madeleine a dit s’être préparée pour le rôle de façon assez instinctive et naturelle. Dans son processus créatif, certains mouvements et expressions se sont manifestés en elle de façon spontanée lors des répétitions. Elle a pu ainsi se laisser surprendre par ces moments d’improvisation et d’inspiration qui ont été bénéfiques pour élever son propre niveau de jeu.

Nous étions curieux de savoir quel texte de Ducharme était leur préféré, particulièrement ceux qui sont cités dans la pièce. À cette question, Marie-Madeleine a répondu que le texte Tout m’avale, tiré de l’avalée des avalés, qu’elle a d’ailleurs récité quelques fois durant le spectacle, était particulièrement marquant pour elle. De son côté, Bozidar explique que ce sont souvent des phrases en particulier qui résonnaient en lui, comme notamment « Nous ne serons pas vieux, mais déjà las de vivre », évoquée également dans l’avalée des avalés, mais qui avait été empruntée par Ducharme à Émile Nelligan.

Enfin, lors de la discussion avec les deux interprètes, ils nous ont expliqué que l’idée de la structure de départ de l’œuvre était bien définie dès les balbutiements de l’élaboration de la pièce, dans le but de créer un tout à partir de fragments qui s’entrechoquent. Une fois les répétitions entamées, la magie s’est ensuite opérée afin de mettre en mouvement et en lumière toute cette série de fragments poétiques. Des moments de spontanéité et des interactions avec les créateurs ont contribué à façonner la version finale de l’œuvre.

La pièce À quelle heure on est mort est présentée au Théâtre de Quat’Sous jusqu’au 30 octobre. C’est une œuvre à voir pour apprécier la beauté unique des mots de Ducharme exploités sous un angle surprenant.

Pour plus d’information: À quelle heure on est mort ?

Gabrielle Deschamps

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