Critique : Classe moyenne, le film qui rit de nos préjugés de classe

Classe moyenne, la comédie satirique d’Antony Cordier, a pris l’affiche au Québec ce vendredi 14 août. Présenté en première mondiale à la Quinzaine des Cinéastes du Festival de Cannes, ce long-métrage signé par le réalisateur de Douches froides s’attaque à la lutte des classes avec un humour aussi grinçant que jubilatoire.

Mehdi (Sami Outalbali), jeune homme issu d’un milieu modeste, s’apprête à passer l’été dans la villa provençale de la famille de sa fiancée Garance. Mais l’harmonie de façade s’effondre rapidement lorsqu’un conflit éclate entre les riches propriétaires et le couple chargé de l’entretien de la propriété. Persuadé que ses origines lui permettent de comprendre les deux camps, Mehdi s’improvise médiateur, avec les conséquences qu’on imagine.

Alors, est-ce que Classe moyenne fait rire ? Oui, mais pas d’un rire tout confortable. Est-ce que c’est hilarant du début à la fin ? Pas vraiment, et c’est tant mieux. Le vrai coup de force d’Antony Cordier, c’est d’avoir transformé ce huis clos (ou presque) en un thriller social hyper efficace, où la lutte des classes se joue sur un ton ironique, cruel et franchement jubilatoire. On sort de la salle avec un sourire un peu coupable, complètement happé par ce jeu de pouvoir qui n’arrête pas de basculer.

Difficile de ne pas penser à Parasite en le regardant, mais là où le film coréen plaçait la classe pauvre presque au rang d’insectes qui rampent pour survivre, Cordier choisit plutôt un vrai face-à-face entre deux clans (parfois trois) d’une intensité folle. Deux mondes qui s’observent, se séduisent et se manipulent, sans qu’on sache jamais qui va gagner.

Le casting, lui, est parfait : les jeunes acteurs portent les premiers rôles avec beaucoup de confiance, entourés d’une bande d’acteurs aguerris qui ont visiblement du plaisir à jouer, et malgré un terrain de jeu plutôt restreint, la villa a beau être démesurée, le réalisateur réussit à créer des scènes fortes, très belles, juste avec un placement de caméra intelligent. Classe moyenne est avant tout un film d’acteurs, avec un rythme et une tension qui font penser au théâtre.

Mention spéciale aux trois jeunes qui dévorent littéralement l’écran, portés par une mise en scène qui met clairement ses acteurs en valeur. Le personnage joué par Noée Abita est particulièrement réussi, avec un arc qui reste brillant et savoureux jusqu’à la toute dernière seconde. La musique, tout comme le mistral omniprésent, ajoute encore à cette tension qui monte tranquillement.

Bref, Classe moyenne est une comédie complètement à part, différente de tout ce qu’on a vu récemment, et qui fait un bien fou au cinéma français.

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