Génération Anxieuse est un essai percutant sur l’impact de l’omniprésence des écrans chez les jeunes nés dans l’ère numérique. L’auteur, Jonathan Haidt, est psychologue social et professeur à la Stern School of Business de l’Université de New York. Spécialiste de la psychologie morale et politique, il s’appuie ici sur des années de recherche pour dresser un portrait alarmant de la santé mentale de la Génération Z.
Le livre s’appuie sur des données nord-américaines qui montrent l’effet de la consommation numérique, particulièrement des réseaux sociaux, sur les adolescents.

Un tournant inquiétant
Après des décennies d’amélioration progressive, la santé mentale des adolescents a connu une chute brutale au début des années 2010. Peu importe le pays, les taux de dépression, d’anxiété, d’automutilation et de suicide ont grimpé en flèche. Haidt explore les causes de ce glissement générationnel, avec une constante : l’arrivée massive des téléphones intelligents et des réseaux sociaux dans la vie des jeunes.

Mon avis
J’ai voulu lire Génération Anxieuse parce que je suis mère de deux jeunes enfants, déjà attirés par les écrans. Je ne suis pas née avec les réseaux sociaux, mais je les utilise depuis la pandémie et ma maternité. Mes enfants grandissent donc dans un environnement où les écrans sont toujours présents, et je voulais comprendre ce que ça implique pour eux.
Le livre a confirmé plusieurs de mes inquiétudes, chiffres à l’appui. Il explique notamment que l’enfance doit inclure des éléments essentiels comme le jeu libre, qui est crucial pour le développement social et émotionnel. L’âge critique se situe entre 9 et 12 ans, soit l’entrée au secondaire, moment où, malheureusement, beaucoup d’enfants reçoivent leur premier téléphone. Résultat : ils manquent des apprentissages clés liés aux relations humaines, à la gestion des conflits, aux échecs et aux succès dans la vraie vie. Cette lacune se traduit souvent, plus tard, par une hausse de l’anxiété et de la dépression.
Haidt montre aussi comment les réseaux sociaux faussent la perception de la réalité. Les jeunes développent une image du monde fondée sur des contenus filtrés, scénarisés, souvent irréalistes. Quand la réalité ne colle pas à ce qu’ils voient en ligne, ils se sentent en échec. Cette dissonance nuit particulièrement aux filles, plus vulnérables face aux standards de beauté irréalistes véhiculés par les influenceuses. Leur difficulté à faire la part des choses entre le vrai et le retouché alimente leur mal-être.
L’auteur note aussi que les politiques scolaires actuelles sont insuffisantes. Par exemple, interdire les téléphones pendant les cours est un bon début, mais si les jeunes passent toutes leurs pauses sur leurs écrans, on rate l’essentiel : leur permettre de se reconnecter entre eux, en personne. Haidt plaide pour des règles plus cohérentes qui tiennent compte des dynamiques sociales réelles.

Génération Anxieuse est un livre accessible, bien documenté, qui éclaire de façon concrète les enjeux liés au numérique chez les jeunes. Je le recommande à tous les parents qui veulent mieux comprendre ce à quoi leurs enfants font face, et pourquoi il est urgent d’agir.
Le livre est disponible dans toutes les librairies.