Mois de l’histoire des Noirs : 5 questions à Fabienne Colas

Cette semaine, j’ai eu l’honneur de poser 5 questions à Fabienne Colas, une figure incontournable des arts et de l’inclusion au Québec et au Canada. L’année 2024 a été particulièrement marquante pour elle et sa fondation, avec l’acquisition du Théâtre Colas, la célébration des 20 ans du Festival International du Film Black de Montréal et plusieurs distinctions prestigieuses, dont sa nomination à l’Ordre du Canada.

De son engagement à offrir une voix aux artistes afrodescendants à sa vision pour l’avenir du paysage culturel montréalais, elle revient avec nous sur son parcours et ses projets à venir.

Vous venez d’être nommée à l’Ordre du Canada, une reconnaissance extraordinaire. Qu’est-ce que cette distinction représente pour vous, à titre personnel et en tant que pionnière dans le domaine des arts et de l’inclusion ?

Fabienne Colas : Recevoir l’Ordre du Canada est un immense honneur pour moi. Je vois cette distinction comme le reflet du travail colossal accompli par toute l’équipe derrière la Fondation Fabienne Colas au cours des 20 dernières années, ainsi que derrière chacun de nos festivals.

Ce prix, je le partage avant tout avec ma famille, mais aussi avec toute l’équipe de la Fondation Fabienne Colas, qui œuvre sans relâche pour faire avancer nos initiatives. Il revient également à nos partenaires, nos artistes et au public, qui nous font confiance et nous soutiennent année après année.

C’est aussi une fierté pour ma communauté. Cette reconnaissance me pousse à continuer, elle agit comme une belle tape dans le dos, un encouragement à aller encore plus loin. C’est un honneur auquel je ne m’attendais pas du tout, mais qui me donne une énergie renouvelée pour poursuivre notre mission d’inclusion et de promotion des arts.

Le Festival International du Film Black de Montréal a célébré son 20e anniversaire en 2024. Quels sont les moments marquants de ce parcours et comment voyez-vous son rôle dans la culture montréalaise ?

Fabienne Colas : Oui, en 2024, nous avons célébré les 20 ans du Festival International du Film Black de Montréal, mais aussi celui de la Fondation Fabienne Colas. Ce fut un moment charnière, une occasion de réaliser tout ce que nous avons construit ensemble avec la communauté, le public, les artistes et les partenaires. Nous avons célébré 20 ans de solidarité, 20 ans d’impact, 20 ans de changement, et 20 ans d’activisme pour la diversité et l’inclusion. C’est un anniversaire riche en symbolisme, mais qui nous donne aussi une belle perspective pour l’avenir. Ces 20 ans nous permettent à la fois d’apprécier le chemin parcouru et de nous propulser vers de nouveaux horizons.

Le rôle du Festival International du Film Black de Montréal dans le paysage culturel est essentiel et capital. Nous devons continuer à amplifier les voix des artistes et professionnels noirs de l’industrie, et c’est exactement ce que nous faisons, et que nous continuerons à faire aussi longtemps que nous existerons.

L’un des événements majeurs qui a couronné ces 20 ans de la Fondation Fabienne Colas et du Festival du Film Black de Montréal, c’est l’acquisition du Théâtre Colas. Cet ancien théâtre de quartier, situé au 3990 Notre-Dame Ouest, à Saint-Henri, marque le début d’un nouveau chapitre. Ce projet n’est pas seulement une avancée pour notre communauté artistique, mais aussi pour les cinémas indépendants, le cinéma d’auteur québécois et l’ensemble des communautés montréalaises. Nous avons très hâte aux 20 prochaines années et à tout ce que l’avenir nous réserve !

Comme mentionné précédemment, vous avez récemment acquis le Théâtre Colas à Montréal, mais qu’espérez-vous accomplir avec cet espace et comment imaginez-vous son impact sur la scène culturelle montréalaise ?

Fabienne Colas : Il faut comprendre qu’à Montréal, il y a un manque drastique de salles de cinéma et de diffusion indépendante. Le Théâtre Colas vient pallier ce manque en offrant cinq nouvelles salles multifonctionnelles, qui pourront accueillir du cinéma, de l’humour, des spectacles, de la musique, des expositions, des arts visuels, des rencontres, des conférences, mais aussi des espaces dédiés à la co-création, à l’enregistrement et aux répétitions.

Ce projet nous propulse véritablement vers l’avenir en offrant enfin un lieu d’ancrage pour de nombreuses communautés et organismes. Ils auront désormais une maison, un espace où ils pourront organiser et présenter leurs programmations à des tarifs abordables, permettant ainsi de mettre en lumière encore plus d’artistes.

Le Théâtre Colas répond donc non seulement au manque criant de salles de diffusion indépendantes dans la métropole, mais représente aussi une merveilleuse opportunité pour le public. Il favorisera plus de rencontres, d’échanges et de découvertes, renforçant ainsi la cohésion sociale. C’est aussi une excellente nouvelle pour les communautés qui auront enfin un lieu de proximité, sans devoir se rendre uniquement au centre-ville pour accéder à certains événements culturels.

Ce projet est bénéfique à tous :

  • Pour le public, il offrira plus de programmation, plus de spectacles, plus d’artistes, plus de films et plus d’occasions de rencontres.
  • Pour les artistes, il créera plus de possibilités de collaboration, d’échanges et de création.

Nous avons de grandes ambitions pour le Théâtre Colas, et nous sommes honorés de reprendre ce flambeau allumé il y a 95 ans par Rose La Poune Ouellette. Ce lieu chargé d’histoire retrouvera bientôt toute sa vitalité et son importance sur la scène culturelle montréalaise. Nous avons très hâte à 2027 !

Votre Fondation a permis à des milliers d’artistes afrodescendants de rayonner au Canada et à l’étranger. Comment Montréal a-t-elle contribué à façonner votre vision et vos projets pour promouvoir la diversité?

Fabienne Colas : En fait, je dis souvent que je suis une femme de deux îles : l’île d’Haïti et l’île de Montréal. Montréal fait donc partie de mon ADN, et cette ville m’inspire chaque jour, que ce soit par ce qui y manque, ce qui y est en profusion ou ce qui reste encore à créer.

Montréal est un véritable hub créatif, un endroit où il fait bon vivre, unique en Amérique du Nord, au Canada et au Québec. C’est ici que tout a commencé : le mouvement qui est devenu la Fondation Fabienne Colas, ainsi que les différents Festivals du Film Black qui, après avoir vu le jour à Montréal, se tiennent aujourd’hui dans cinq autres villes canadiennes : Toronto, Halifax, Ottawa, Calgary et Vancouver.

Montréal est une plaque tournante qui croise l’Amérique francophone et anglophone, et c’est cette poésie propre à la ville qui m’inspire à chaque instant. Je me demande parfois si tout cela aurait été possible ailleurs. Montréal a été déterminante dans mon parcours, sans que je puisse exactement expliquer pourquoi. C’est une ville qui m’a inspirée et dont je suis tombée amoureuse.

De plus, Montréal abrite une très grande communauté haïtienne, à laquelle j’appartiens, ce qui a sans doute été un facteur clé dans mon cheminement. C’est aussi la deuxième ville du Canada qui accueille la plus grande population noire, après Toronto, et cela a forcément influencé mon engagement et mes projets. Alors vive Montréal, et fière d’être Haïtienne-Montréalaise à vie !

Le Mois de l’histoire des Noirs est une période importante pour célébrer les contributions des communautés afrodescendantes. Que souhaiteriez-vous que le grand public retienne de cette période de célébration? 

Fabienne Colas : Je pense que c’est une opportunité unique, à la fois pour les Noirs et les non-Noirs. Pour les Afro-descendants, c’est un moment privilégié pour se reconnecter à leur culture d’origine, pour replonger dans leurs racines et célébrer leur héritage. Mais c’est aussi une excellente occasion pour les personnes qui ne sont pas noires d’apprendre, de mieux comprendre les réalités vécues par d’autres communautés, des voisins, des collègues, voire même des membres de leur propre famille, car ici à Montréal et ailleurs, le métissage est très présent.

C’est donc une opportunité pour chacun de s’inspirer, de s’éduquer, d’apprendre et de rencontrer des gens. À travers des films, des discussions, des panels et des conférences, on peut approfondir certaines notions et découvrir des perspectives auxquelles on n’aurait pas forcément accès autrement.

Honnêtement, le Mois de l’histoire des Noirs est une période extraordinaire. C’est un moment qui favorise la cohésion sociale, qui permet de se faire de nouveaux amis, de nourrir nos réflexions et de s’émerveiller à travers l’art et le dialogue. Pour moi, le Mois de l’histoire des Noirs, c’est pour tout le monde.