En 1967, Salvador Dalí proposait à René Lévesque de peindre une fresque monumentale sur le barrage de Manic-5. Le projet n’a jamais vu le jour, mais près de soixante ans plus tard, c’est au tour de Montréal de faire une place à l’univers du maître du surréalisme. Le Musée des archives de Salvador Dalí (MASD) ouvrira ses portes en 2027 dans l’édifice des Commissaires, au 357, rue De la Commune Ouest. Construit en 1875, ce bâtiment patrimonial du Vieux-Montréal deviendra accessible au grand public pour la première fois de son histoire. Le projet a été officiellement dévoilé le 27 octobre et les travaux sont déjà en cours.

Un Dalí qu’on connaît mal
Les montres molles, tout le monde les a en tête. Le MASD s’intéresse à un Dalí moins connu, celui qui dessinait, gravait, illustrait et expérimentait bien au-delà de la peinture. Peu de disciplines ont échappé à sa curiosité, du cinéma à la mode en passant par le théâtre, la publicité, la littérature et la science. L’artiste avait également développé sa propre méthode de création, dite paranoïaque-critique, fondée sur les associations d’images et les interprétations multiples de la réalité.
Plutôt que de se concentrer uniquement sur les grandes toiles qui ont fait sa renommée, le musée souhaite faire découvrir les différentes facettes de son travail, son processus créatif et les idées qui ont nourri son imaginaire. Cette approche trouve un écho particulier aujourd’hui, alors que l’intelligence artificielle et la multiplication des fausses nouvelles brouillent notre rapport au réel.

Des œuvres et des archives au cœur du projet
Si le musée porte le nom « des archives », c’est que sa vocation première est de conserver, documenter, étudier et faire connaître l’œuvre de Dalí. Sa collection réunit des œuvres et des documents d’archives, dans une démarche d’authentification où la rigueur occupe une place centrale.
Le projet s’appuie notamment sur l’héritage des Salvador Dalí Archives, fondées en 1955 par Albert Field à la demande de l’artiste, ainsi que sur l’expertise de Frank Hunter, qui poursuit ce travail de documentation depuis 1969. Félix Bélanger, fondateur du MASD, a noué des liens avec ce dernier au fil de recherches entreprises en 2017, qui l’ont mené en Espagne, en France, en Allemagne et aux États-Unis. De leur rencontre est née l’idée de donner à ces archives un lieu permanent à Montréal.
La direction générale a été confiée à Lorraine Pintal, figure bien connue du milieu culturel québécois, longtemps à la tête du Théâtre du Nouveau Monde. Le musée entend également devenir un lieu de référence pour les chercheurs, les historiens de l’art et les spécialistes de Dalí. Au-delà de la conservation, l’institution prévoit des expositions et des expériences innovantes qui permettront au public de découvrir l’artiste sous un autre jour.
Un édifice de 1875 qui s’ouvre enfin au public
Construit pour les commissaires du havre de Montréal, l’édifice des Commissaires a longtemps occupé une place importante dans les échanges maritimes entre l’Europe et l’Amérique du Nord. Plus récemment, Daniel Langlois, pionnier du cinéma numérique et mécène des arts, l’avait restauré pour en faire un lieu de rencontre entre les milieux de la technologie, des affaires et de la création.
La famille de Daniel Langlois confie aujourd’hui au MASD la prochaine étape de l’histoire du bâtiment, un projet rendu possible avec l’appui de la famille Saputo. L’essentiel de l’aménagement intérieur sera préservé, ce qui permettra de garder le caractère historique des lieux tout en leur donnant une nouvelle vocation culturelle. Pour ceux qui longent le Vieux-Port depuis des années sans avoir jamais pu y entrer, l’ouverture promet une découverte aussi architecturale qu’artistique.

Dalí, version montréalaise
En plus de présenter l’œuvre de Dalí, le MASD veut la faire dialoguer avec les mouvements artistiques d’ici. Le rapprochement avec les automatistes québécois, signataires du Refus global en 1948, ouvre notamment des perspectives sur les liens entre le surréalisme européen et les avant-gardes québécoises, qui ont elles aussi revendiqué une plus grande liberté de création.
Au-delà de sa collection permanente, le musée ambitionne de devenir un lieu de création et de rencontres, ouvert aux créateurs d’aujourd’hui. La programmation, les premières expositions et les événements d’ouverture seront dévoilés au cours des prochains mois, et on peut déjà s’inscrire sur le site du Musée des archives de Salvador Dalí pour suivre les prochaines annonces.