Dans Retrouver son rôle de parent : pourquoi vous comptez plus que jamais pour vos enfants, le psychologue Gordon Neufeld et le médecin Gabor Maté proposent une réflexion approfondie sur la relation entre parents et enfants dans la société contemporaine. Les auteurs s’intéressent particulièrement à un phénomène qu’ils jugent préoccupant : l’« orientation vers les pairs », soit la tendance des enfants et des adolescents à se tourner davantage vers leurs amis que vers leurs parents pour obtenir repères, conseils et validation.

Un ouvrage sur les défis contemporains de la parentalité
Selon les auteurs, cette transformation des dynamiques familiales constitue l’un des défis majeurs auxquels les parents sont confrontés aujourd’hui. L’ouvrage met l’accent sur le rôle du lien affectif et sur les effets d’une rupture d’attachement dans le quotidien familial.
L’orientation vers les pairs : un phénomène central
L’ouvrage définit l’« orientation vers les pairs » comme suit : « Les jeunes ne se tournent plus vers les parents ou les intervenants adultes pour demander conseil et trouver leur voie. Ils préfèrent se tourner vers des personnes auxquelles la Nature n’a jamais eu le dessein de faire jouer le rôle parental, c’est-à-dire leurs pairs » (p. 8).
Cette transmission « horizontale » de la culture prive l’enfant d’une guidance essentielle, puisqu’il se retrouve entouré de personnes tout aussi immatures que lui, incapables de lui offrir l’amour inconditionnel ou le sens du sacrifice propres à la relation parentale.
Les auteurs expliquent que ce déplacement du lien d’attachement vers le groupe d’amis entraîne souvent un phénomène psychologique qu’ils nomment la « contre-volonté ». Il s’agit d’un instinct naturel de résistance qui se manifeste lorsque l’enfant ne se sent pas profondément attaché à l’adulte qui tente de le guider. Ce qui est souvent interprété comme de la désobéissance ou de la provocation serait donc, selon Neufeld et Maté, le symptôme d’une rupture dans la relation d’attachement entre le parent et l’enfant.
Comprendre l’importance du lien d’attachement
Cette analyse permet de mieux comprendre certains conflits familiaux fréquents. En s’identifiant fortement à ses pairs, l’enfant peut percevoir l’intervention parentale comme une intrusion, ce qui alimente une opposition systématique. Les auteurs soutiennent que cette dynamique peut freiner la maturité de l’enfant, puisqu’il devient moins réceptif à l’influence d’adultes capables de l’accompagner dans son développement.
Pour remédier à cette situation, l’ouvrage insiste sur l’importance de l’attachement comme fondement de l’éducation. Les auteurs rappellent que l’autonomie ne peut émerger que lorsque les besoins de dépendance ont d’abord été satisfaits : « La véritable quête d’indépendance ne peut commencer qu’une fois que les besoins de dépendance sont comblés » (p. 208).
Selon eux, pousser les enfants vers l’autonomie trop tôt peut provoquer une insécurité qui les amène à se tourner davantage vers leurs pairs afin de combler un manque affectif.

Des pistes concrètes pour renforcer la relation parent-enfant
Les solutions proposées reposent principalement sur la restauration du lien parent-enfant par des gestes simples et quotidiens. Les auteurs encouragent notamment l’instauration de rituels d’attachement, comme des salutations chaleureuses, des moments d’attention exclusive ou des périodes de présence attentive après les séparations.
Ils proposent également une approche disciplinaire centrée sur la relation, dans laquelle la connexion émotionnelle prime sur la sanction. En cas de conflit, l’objectif est de préserver la relation plutôt que de se concentrer uniquement sur le comportement de l’enfant.
Dans un contexte marqué par l’omniprésence des écrans et des réseaux sociaux, les auteurs invitent aussi les parents à préserver des moments de connexion authentique, comme les repas ou les soirées familiales sans appareils numériques. Ils rappellent l’importance d’être pleinement présent avec ses enfants : « Pour que nos enfants parviennent à ressentir notre invitation à exister en notre présence, nous devons d’abord être véritablement présents nous-mêmes » (p. 343).
Une réflexion pertinente, mais parfois catégorique
L’un des points forts de l’ouvrage réside dans la clarté avec laquelle les auteurs expliquent les mécanismes de l’attachement et leurs effets sur le développement de l’enfant. Leur approche aide à éclairer des tensions entre parents et adolescents souvent attribuées uniquement à la discipline ou à la personnalité.
Certaines affirmations peuvent toutefois sembler catégoriques, notamment lorsque les auteurs attribuent une grande part des difficultés actuelles des jeunes à l’influence de leurs pairs. L’analyse demeure convaincante, mais laisse parfois moins de place à la complexité des contextes sociaux et culturels dans lesquels évoluent les familles.
Conclusion
Malgré ces limites, Retrouver son rôle de parent demeure une lecture pertinente pour les parents qui souhaitent mieux comprendre les dynamiques d’attachement et renforcer leur relation avec leurs enfants. En rappelant que la présence, l’attention et le lien affectif sont au cœur du développement, l’ouvrage transmet un message simple : dans un monde rempli d’influences extérieures, le rôle des parents reste essentiel.