Run de lait : un plaidoyer confrontant et fascinant

L’histoire de l’industrie de la production laitière québécoise est assez peu connue. Les impacts sociaux et environnementaux qu’ont eus les décisions prises par les acteurs de cette industrie qui compte plus de 8000 ans d’histoire sont nombreux et, dans certains cas, très controversés.

Crédit photo : Stéphane Bourgeois

C’est ce sujet complexe et épineux qu’a choisi Justin Laramée comme point central pour la conception de sa pièce intitulée Run de lait. Née en 2022 au Théâtre Le Trident, à Québec, l’œuvre s’inscrit dans la mouvance sensible et actuelle du théâtre documentaire. C’est en se penchant sur les aléas de cette gigantesque industrie qui ont eu une grande portée sur plusieurs sphères de notre société et en s’intéressant à ces répercussions à l’échelle humaine que le dramaturge a bâti un texte plein de vérité et de profondeur. En y injectant énormément d’humour et d’humilité, il a réussi le pari de faire de ce sujet plutôt banal et, à priori quelque peu inintéressant, un récit enlevant. La pièce est une coproduction de VA ! arts vivants et du Théâtre Le Trident.

Actuel et accessible, le texte a été ficelé à partir d’environ 6 ans de recherche rigoureuse effectuée par son auteur en collaboration avec une foule d’experts de l’industrie laitière, des producteurs, des transformateurs et des dirigeants d’entreprises. Dans Run de lait, le dramaturge aborde le bien-être des animaux, les enjeux environnementaux, la détresse psychologique vécue par les producteurs ainsi qu’une foule de répercussions qu’ont les jeux de pouvoir et les querelles mercantiles qui règnent au cœur de cette industrie depuis des décennies.

Crédit photo : Stéphane Bourgeois

La mise en scène est co-produite par Justin Laramée et Olivier Normand. Les acrobaties sonores et visuelles qui forment la scénographie de l’œuvre sont impressionnantes. Tour à tour, les voix des différents intervenants que convoque Justin Laramée pour tisser le fil de son récit se manifestent à travers différents haut-parleurs que l’auteur et interprète manipule en une sorte de chorégraphie. Justin Laramée est accompagné sur scène par son proche collaborateur, le musicien Benoît Côté, qui s’est chargé de cette complexe conception sonore et qui assure la trame musicale en direct en jouant du piano et de la batterie sur scène.

Les témoignages recueillis par Justin Laramée au cours de cette quête et les conclusions auxquelles il fait face, sont confrontant et difficiles à entendre. C’est en faisant de son spectacle un manège engageant et fascinant qu’il réussit à séduire le public entièrement. Une mention spéciale à ses deux jeunes enfants qui ont donné leur voix à l’histoire et qui ont charmé l’audience avec leurs commentaires pleins d’esprit. La matière assez assommante et terne est amenée avec intelligence par l’auteur. Avec l’humour utilisé comme levier, on demeure accroché durant les deux heures sans entracte du spectacle.

Run de lait est présenté chez Duceppe jusqu’au 26 novembre. C’est à voir !