Au cœur du Vieux-Port de Montréal, le Centre PHI propose une expérience immersive hors du commun avec Cinéma VR | Habiter l’absence. Ce cycle de la série cinéma en réalité virtuelle présente actuellement une sélection de quatre œuvres d’animation primées à l’international, notamment à la Biennale de Venise. Présentée jusqu’au 17 mai prochain, la programmation invite les spectateur·trice·s à explorer les territoires sensibles de la mémoire, quelque part entre fragments intimes et récits universels.
À travers ces œuvres, la réalité virtuelle devient bien plus qu’un médium technologique : elle se transforme en espace de résonance émotionnelle, où entrer en contact des réalités qui nous touchent de près ou de loin. Chaque projet entremêle narration personnelle, musique et animation pour interroger la manière dont nos souvenirs se reconstruisent, nous forgent et continuent d’habiter le présent. L’expérience est à la fois sensorielle et introspective, on ne regarde pas simplement un film, on ressent, on traverse, on l’habite.
Flow

Parmi les œuvres présentées, Flow d’Adriaan Lokman se distingue par sa puissance évocatrice. Lauréate du Special Immersive Jury Award à la Biennale de Venise 2023, ce court-métrage nous plonge dans un univers aérien en mouvement constant. Des courants d’air dessinés comme des esquisses au crayon prennent vie au rythme d’une trame sonore riche et changeante : chants d’oiseaux, tempêtes, autoroutes, gares. Le tempo oscille entre frénésie et contemplation, créant une sensation presque physique de dérive et de passage.
Ferenj

Avec Ferenj, la réalisatrice Ainslee Alem Robson propose une œuvre autobiographique poignante. L’artiste reconstruit des souvenirs fragmentés pour explorer son rapport au foyer et à l’identité, en tant que personne éthiopienne-américaine ayant grandi dans une dissonance culturelle. Quand la nationalité se dédouble, elle ne s’additionne pas, elle semble plutôt se soustraire: on appartient au deux, mais aussi à aucune. L’expérience, à la fois délicate et profondément humaine, questionne ce que signifie appartenir, ou se sentir entre deux mondes.
Less Than 5 Grams of Saffron

Less Than 5 Grams of Saffron aborde la mémoire sous un angle plus sensoriel et troublant. L’odeur du safran, utilisée dans une recette familière, devient le déclencheur d’un voyage intérieur, aussi violent que beau. Derrière les souvenirs tendres se cache une histoire marquée par la guerre, l’exil et la douleur. La couleur rouge de l’épice, omniprésente, agit comme un fil conducteur émotionnel, ravivant un traumatisme enfoui qui se relie au sang versé dans les conflits armés. L’expérience est intense, parfois dérangeante, mais profondément marquante.
The Art of Change

Enfin, The Art of Change propose une réflexion poétique et festive sur le passage du temps. À travers un dialogue entre une femme et ses différentes versions passée, présente et future, l’œuvre tisse un récit fait de mémos vocaux, de musique et d’animations colorées. Au cœur de l’effervescence, ce court-métrage célèbre la beauté des transformations, des apprentissages et même des renoncements. Elle aborde avec sensibilité la confrontation entre les rêves d’hier et la réalité d’aujourd’hui.
Le cinéma VR: être plongé dans l’histoire
Ce qui unit ces quatre œuvres, c’est leur capacité à rendre tangible l’intangible. Grâce à l’animation et à la réalité virtuelle, des expériences éphémères, oubliées ou longtemps tues reprennent forme et sont partagées au-delà des frontières géographiques. Elles ouvrent un espace de réflexion, mais aussi de care et d’empathie. En matérialisant l’invisible, touchant parfois au surréalisme grâce aux possibilités de l’animation, elles permettent d’habiter pleinement ces absences qui nous façonnent.
Cinéma VR | Habiter l’absence est une expérience rare qui nous invite à ralentir, à écouter et à se laisser traverser.