Chaque année, l’exposition World Press Photo transforme le Marché Bonsecours en une fenêtre ouverte sur le monde. Pour cette 18e édition à Montréal, l’exposition revient avec une puissance émotionnelle et politique renouvelée, en nous confrontant à des images qui, loin de nous permettre de détourner le regard, nous obligent à voir, à ressentir, à réfléchir, à questionner.
Une exposition essentielle dans un monde saturé d’images
Aujourd’hui, les images sur nos écrans défilent à une vitesse folle. Nous les regardons parfois, souvent, sans même leur prêter attention. Et pourtant, celles présentées dans le cadre du World Press Photo s’imposent à nous. Elles nous font face et nous tiennent tête, nous renvoyant le reflet d’un miroir plein de souffrance et d’inégalité. Désagréable à regarder, mais nécessaire. Ces photos nous poussent à faire face à la complexité du monde, surtout quand c’est difficile.

« Le monde actuel n’est plus celui de 1955, l’année où World Press Photo a été fondé. Nous vivons à une époque où il est plus facile de détourner le regard, de faire défiler des contenus sur les écrans sans s’arrêter, de se désengager. Mais ces images ne nous permettent pas de le faire. Elles traversent le vacarme ambiant et nous forcent à prendre conscience de ce qui se passe sous nos yeux, même lorsque c’est inconfortable. Même lorsque cela nous oblige à interroger le monde dans lequel nous vivons et le rôle que nous jouons »
— Joumana El Zein Khoury, directrice générale de la Fondation World Press Photo.
C’est précisément ce que défend la Fondation World Press Photo, une organisation indépendante qui, depuis 70 ans, promeut le photojournalisme et la photographie documentaire comme leviers de compréhension et d’action.
Le photojournalisme, comme radiographie du monde
Que ce soit les manifestations au Kenya, les soulèvements au Myanmar, les tensions en Haïti ou encore les questions de genre, de migrations ou de climat, chaque photographie sélectionnée agit comme un fragment de vérité, une rayon X de notre époque.

« Ces images témoignent du battement de notre monde, de ses faiblesses, de ses malaises, mais aussi de sa vitalité. Nous devons les lire comme une radiographie de notre espèce, avec l’attention qu’elles exigent, car elles révèlent ce que nous choisissons souvent d’ignorer »
— Charles-Frédérick Ouellet, membre du jury Amérique du Nord et Centrale, lauréat 2024 avec la photo A Day in the Life of a Quebec Fire Crew pour The Globe and Mail, CALQ.
Lucy Conticello, présidente du jury mondial, va plus loin : « Nous étions à la recherche d’images qui puissent contribuer à instaurer un dialogue. » Et ce dialogue est plus que jamais nécessaire, dans un monde qui vacille entre crises et espoirs.
Montréal, un carrefour de regards
L’édition montréalaise ne se contente pas de présenter les clichés primés du prestigieux concours international. Elle offre aussi une vitrine à la photographie locale et à la mémoire collective québécoise, à travers des expositions connexes uniques, portées par une équipe passionnée et des partenaires de longue date comme Radio-Canada, La Presse et la SDC Vieux-Montréal.

Kim Lévesque-Lizotte : voix et regard de l’édition 2025
Cette année, la scénariste et autrice Kim Lévesque-Lizotte agit comme porte-parole du World Press Photo et commissaire de l’exposition Elles, au cœur du Québec. Son exposition met en lumière des femmes ayant marqué le Québec, photographiées par nul autre qu’Antoine Desilets, pionnier du photojournalisme québécois. Une vingtaine de portraits puissants, de Pauline Julien à Clémence Desrochers, nous ramènent à une époque fondatrice et vibrante.

« L’Expo World Press Photo, c’est un garde-fou de notre démocratie. Ces images nous forcent à regarder ce qu’on préférerait parfois ignorer: les injustices, les conflits, mais aussi la beauté et la résilience humaine. Dans un monde où l’information circule à la vitesse de l’éclair et où tout peut être manipulé, ces photojournalistes risquent leur vie pour nous montrer la vérité brute. […] C’est ça, la magie du photojournalisme : cette capacité à saisir l’essence d’un moment, d’une tragédie ou d’un espoir en une fraction de seconde. Chaque cliché primé porte en lui le pouvoir de changer les mentalités, de susciter l’empathie et parfois même de transformer le cours de l’histoire. C’est pourquoi soutenir l’Expo World Press Photo, c’est défendre le droit à l’information et la nécessité de raconter les histoires qui comptent vraiment »
— Kim Lévesque-Lizotte
Un triple hommage à Antoine Desilets
L’édition 2025 célèbre aussi les 70 ans du concours World Press Photo avec un hommage en trois volets à Antoine Desilets, premier lauréat québécois en 1967 pour sa photo Ça grève les yeux. Ce cliché, méconnu mais percutant, sera exposé en grand format au Marché Bonsecours.

En parallèle, l’exposition Fragments d’histoire, une initiative de la SDC Vieux-Montréal, investira l’espace public dès la mi-juillet. Sur la rue de la Commune Ouest, les passants pourront redécouvrir des figures marquantes du Québec : Félix Leclerc, Lise Payette, Maurice Richard, et bien d’autres immortalisés par l’œil sensible et engagé de Desilets.
Pourquoi aller au World Press Photo
L’Expo World Press Photo Montréal n’est pas une exposition comme les autres. C’est un moment d’arrêt dans notre course quotidienne. Un temps pour se reconnecter à l’essentiel. Pour voir, ressentir, comprendre. Pour se souvenir que derrière chaque image, il y a un humain. Une histoire. Une vérité.