Après le succès fulgurant de sa pièce Mama, présentée en 2022, ainsi que de plusieurs autres oeuvres théâtrales depuis 2018, Nathalie Doummar présente sa plus récente création, Frères, au Théâtre Jean-Duceppe.
Sa précédente création théâtrale se penchait sur la résilience et la force des femmes et de leurs liens en présentant 12 femmes sur scène. Cette fois-ci, avec Frères, la dramaturge aborde la masculinité contemporaine en posant un regard sur un clan d’hommes issus d’un même environnement familial, que ce soit par alliance ou par liens de sang. Le groupe d’hommes égypto-québécois se réunit pour un séjour à Cacouna, dans un chalet rustique. Cette rencontre entre hommes prendra rapidement des tournures dramatiques, alors que des vulnérabilités seront mises à nu à travers divers enjeux émotifs et situations délicates qui feront surface.

Une mise en scène inventive et efficace
La créatrice a collaboré avec Jean-Simon Traversy à la mise en scène de cette oeuvre, habilement rythmée, efficace et pleine de subtilités. Le brillant artiste Étienne Coppée interprète sur scène la musique qu’il a composée pour la pièce, pleine de douceur et d’envolées vocales vaporeuses. Cette dimension musicale est particulièrement efficace pour illustrer le rapport paradoxal entre les disputes, les agissements des hommes, qui se taquinent et y vont de blagues faciles, et leur vulnérabilité, tout aussi exposée que leur fragilité. Les décors sont également très intéressant visuellement et ajoutent un aspect tout à fait ludique et coloré à la mise en scène.
Des textes riches et une interprétation de haut calibre
Les textes sont réellement drôles et d’une grande précision dans leur éventail de nuances. On sent clairement le désir de la dramaturge de rendre compte des contradictions et de la complexité de la masculinité à l’ère contemporaine, dans ce clan où certains trainent encore des idées archaïques tout en se questionnant, en se remettant en question et en apprenant des uns et des autres. Le choc des générations, la fraternité et l’amour dans la masculinité sont évoqués avec justesse.

Les interprètes livrent tous des performances précises et nuancées. Manuel Tadros incarne le patriarche du groupe, en pleine remise en question, accueillant son émotivité avec autant de vérité que d’intensité. Il est particulièrement touchant. Les autres interprètes, dont Paul Ahmarani, Antoine Yared et Ariel Ifergan, forment une symbiose sur scène qui paraît à la fois naturelle et profondément incarnée.
D’une durée de 1 h 45, la pièce est présentée jusqu’au 16 mai prochain au Théâtre Jean-Duceppe. À voir absolument.