King Dave 2.0, une relecture précieuse et actuelle

Crédit photo: Maxyme G. Delisle

Le théâtre reprend timidement son cours depuis les dernières semaines avec l’assouplissement de certaines mesures sanitaires. Les artistes et artisans du domaine qui n’ont pas été épargnés lors de la dernière année peuvent enfin souffler un peu et voir le fruit de leur travail récolter un peu de lumière. C’est le cas des créateurs et des artistes derrière la nouvelle mouture tant attendue de la pièce King Dave qui est présentée ce mois-ci chez Duceppe. La prestation de la version revisitée de l’œuvre qui était initialement prévue pour l’automne 2020, puis ensuite repoussée aux mois de janvier et février 2021, peut enfin être savourée par les quelques spectateurs choyés et distanciés du grand théâtre de la Place des Arts.

La pièce d’Alexandre Goyette avait reçu de nombreux éloges lors de sa présentation à La Licorne en 2005. King Dave a ensuite fait l’objet d’un film marquant en 2016 réalisé en plan séquence par nulle autre que Podz. Après avoir été incarné par Alexandre Goyette lui-même, le personnage de Dave, sa vision et ses péripéties sont exposés sous un tout nouveau jour dans cette nouvelle mouture de la pièce, grâce à l’unicité et aux nouveaux angles exploités par le remarquable acteur Anglesh Major. Dans sa version remaniée, le solo au texte rythmé et percutant a été entièrement repensé et réécrit par l’auteur avec la précieuse collaboration d’Anglesh Major. Le texte porté sur la peur, la fuite et la quête de la définition et de l’identité de soi a été façonné et redéfini pour se positionner avec aplomb face aux plus récents événements liés au racisme systémique.

Crédit photo : Danny Taillon

Dans ce monologue effréné qui dure plus d’une heure quarante, Anglesh Major se livre avec intensité et intimité et se transforme, avec ou sans artifices, à travers différentes parcelles d’univers qui composent le parcours ardu de Dave. C’est avec un langage cru, humoristique et criant de vérité que l’acteur nous transporte d’un lieu à un autre, d’une scène tordante à un scénario déchirant, d’un moment de revendication à un de rédemption. Le texte repensé est truffé de références aux expériences et aux blessures vécues par ce personnage en lien avec son identité et son parcours en tant qu’homme noir ayant grandi à Montréal. Des grands silences menant à une réflexion collective, des phrases crève-cœur et beaucoup d’humour et d’humilité font toute la richesse de ce solo scénique.

Dans la livraison de ce texte particulièrement chargé, dans tous les sens du terme, on reconnaît bien la précision chirurgicale et le ton singulier du flow d’Anglesh Major, qui est d’ailleurs musicien et slammer en plus d’être un acteur à succès. Il fait également cadeau aux spectateurs de son talent de pianiste en jouant quelques notes entre les scènes, ce qui ajoute aux contrastes et aux ruptures de ton qui saisissent et ramènent à l’essence du texte et de l’intention.

Crédit photo : Danny Taillon

Anglesh Major, que l’on a d’ailleurs pu voir récemment dans l’excellente série Je voudrais qu’on m’efface, est un interprète qui mérite chaque parcelle de lumière qui se pose sur lui. La relecture de King Dave focalisée sur des enjeux plus actuels et impératifs tombe à point dans une période particulièrement difficile à l’égard des droits des noirs. Formant pourtant un duo assez imprévisible, Goyette et Major ont uni leurs voix pour créer un texte poignant et doux-amer qui sert parfaitement le thème. La pièce est présentée à la grande salle de la Place des Arts jusqu’à la fin du mois et elle en vaut le détour!

 

Gabrielle Deschamps

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