Pendant des mois, mes oreilles me démangeaient sans raison apparente. Mon médecin de famille, à Montréal, n’y a rien vu de particulier et m’a prescrit un traitement, sans résultat. Quelques mois plus tard, en vacances à Saint-Martin, les démangeaisons n’avaient toujours pas cessé, alors j’ai consulté un autre médecin sur place, qui m’a prescrit autre chose. Aucun des deux n’a évoqué la périménopause. La réponse est finalement venue d’une vidéo TikTok tombée par hasard dans mon fil, où une femme mimait ces mêmes démangeaisons en expliquant qu’elles avaient commencé autour de la quarantaine. Dans les commentaires, des femmes en grand nombre racontaient vivre la même chose. J’y ai appris que ce symptôme pouvait être lié à la périménopause, puisque la baisse des œstrogènes assèche la peau, jusque dans le conduit auditif.
Mon histoire n’a rien d’exceptionnel. L’information existe, mais encore faut-il savoir où la chercher et, surtout, savoir quoi chercher. En octobre, Mois de la sensibilisation à la ménopause, la Fondation Pharmaprix pour la santé des femmes a sondé 1 200 Québécoises. Près de sept sur dix disent avoir déjà ressenti des symptômes liés à la ménopause, mais moins de la moitié en ont parlé à un professionnel de la santé.

Des signes qui passent sous le radar
L’image de la femme qui s’évente en pleine réunion reste tenace, alors que les bouffées de chaleur ne représentent qu’une partie du tableau. La périménopause, cette transition qui précède la ménopause, commence souvent dans la quarantaine et peut s’étirer sur plusieurs années. Les femmes décrivent surtout des humeurs qui changent sans prévenir, une fatigue qui ne disparaît pas après une bonne nuit et une anxiété qu’elles ne se connaissaient pas. Certaines remarquent aussi une peau plus sèche, des démangeaisons ou un sommeil plus léger. Comme ces symptômes ressemblent à ceux d’une vie bien remplie, on les met facilement sur le compte du travail, des enfants ou du stress, et on continue d’avancer sans faire le lien.
Un sujet qu’on a appris à taire
Nos mères en parlaient peu, et souvent à voix basse. La ménopause reste associée au vieillissement, alors qu’elle arrive à un moment où la plupart des femmes sont en pleine carrière et élèvent encore leurs enfants. Plus d’une femme sur deux préfère d’ailleurs attendre ou chercher ses réponses en ligne plutôt que de consulter. Les réseaux sociaux ont au moins le mérite de briser l’isolement, puisqu’on y découvre qu’on est loin d’être la seule, mais on y trouve le meilleur comme le pire, et un fil de commentaires ne remplace pas un avis médical.
Au bureau, on fait comme si de rien n’était
C’est peut-être au travail que le silence pèse le plus. Une présentation importante après une nuit blanche, une concentration qui flanche au milieu de l’après-midi ou une impatience inhabituelle avec son équipe, tout cela se vit sans qu’on ose en parler à sa gestionnaire ou à ses collègues. Huit Québécoises sur dix aimeraient pourtant être mieux soutenues dans leur milieu de travail. Un horaire plus souple, la possibilité de travailler de la maison les jours difficiles ou simplement une culture où l’on peut nommer la chose sans gêne suffiraient souvent à alléger le quotidien.

Savoir où chercher
La Fondation canadienne de la ménopause propose en français une liste des symptômes ainsi qu’un outil de suivi à remplir pendant quelques semaines. On y note son sommeil, ses cycles, son énergie et tout ce qui sort de l’ordinaire, même ce qui semble anodin. Avec ce portrait en main, on arrive en consultation avec des faits plutôt qu’avec la vague impression que quelque chose ne va pas. Le pharmacien est un bon premier interlocuteur pour poser ses questions, et prononcer le mot périménopause dès le début du rendez-vous aide à orienter la discussion. Les options vont des ajustements dans les habitudes de vie à l’hormonothérapie, selon chaque femme.
La moitié de la population vivra cette étape, et rien ne justifie qu’on la découvre encore par hasard dans un fil TikTok. Plus on en parle franchement, entre amies, avec son médecin ou au bureau, plus on gagne de temps, et moins on a l’impression de la traverser seule.
Sondage en ligne réalisé par Harris Poll Quest du 12 au 17 juin 2026 auprès de 1 200 Québécoises. Marge d’erreur de ± 2,83 points de pourcentage, 19 fois sur 20.