Une conjuration : un manifeste pour une pensée plus libre

Alexis Martin est admiratif du travail du penseur et écrivain français Georges Bataille depuis toujours. À partir des écrits de Bataille et en interrogeant l’énergie artistique du peintre André Masson, le dramaturge a voulu créer un univers dans lequel se succèdent idées, réflexions philosophies, poésie et arts visuels. La pièce Une conjuration est née de ce désir de création brûlant nourri par les inspirations philosophiques de Martin, qui a fait appel à son complice Daniel Brière pour la mise en scène. Les codirecteurs artistiques du Nouveau Théâtre Expérimental (NTE) ont allié leurs forces pour donner vie à ce projet.  La présentation de la pièce avait été prévue initialement en 2020 et avait dû être annulée en raison de la pandémie. Nous avons le plaisir de la voir à l’affiche de L’Espace Libre cet automne.

Crédit photo : Marlène Gélineau-Payette

Les élans créatifs du peintre et les pensées de l’écrivain sont mis de l’avant dans cette proposition qui prend vie dans une maison d’un village de pêcheurs où se réunissent les deux artistes pour produire un manifeste pour la liberté humaine. Une conjuration s’étale sur les planches de l’Espace Libre en une longue tirade qui fait état des questionnements et des courants de pensées des deux créateurs qui se s’unissent pour esquisser La conjuration sacrée qui est l’introduction de la première édition de la revue Acéphale.

Illustrée par Andrée Masson, la revue est aussi animée par la contribution de celui-ci dans ses évocations. Les deux artistes s’engagent dans un dialogue qui dénonce la culture du matérialisme, de la montée au pouvoir de l’argent dans le contexte de l’Europe qui voit la montée du fascisme se dessiner en 1936.

Crédit photo : Marlène Gélineau-Payette

La pièce continue son cours en convoquant la figure du Minotaure comme l’entité qui symbolise tout ce que le monde a de plus tyrannique et vicieux dans un capitalisme grimpant. Des touches d’humour sont parsemées à travers le propos plus cynique des artistes qui dépeignent le monde dans lequel ils vivent.

Vers la fin, une représentante du régime nazi rend visite aux artistes dans la petite maison de village pour leur reprocher leur façon de voir en l’art leur seul moyen de revendiquer leurs idées. Des aspects contemporains sont injectés dans la proposition qui amène à l’interpréter comme une critique actuelle du climat social et économique individualiste qui règne encore aujourd’hui.

Crédit photo : Marlène Gélineau-Payette

Alexis Martin interprète le rôle de George Bataille et partage les lignes avec Maxime Gaudet qui personnifie André Masson. Catherine De Léan participe aussi à l’intrigue en interprétant le rôle d’une femme en plein épuisement professionnel, qui porte un regard défaitiste sur l’effet du capitalisme sur les individus et qui estime son pouvoir de parole totalement nul dans ce monde.

Une conjuration est à l’affiche de l’Espace Libre jusqu’au 10 novembre prochain. Bon spectacle !

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