J’ai seulement vu la bande-annonce de Interior Chinatown avant de commencer les premiers épisodes. Je pensais avoir affaire à une série policière teintée de surréalisme, car le trailer annonçait des scènes plutôt insolites.
Après le visionnement du premier épisode, j’étais déconcertée par une trame narrative qui semblait dénuée de sens. J’ai donc pris le temps de lire sur le roman original pour mieux comprendre qu’il s’agit en fait d’une satire. Voici donc un résumé de l’histoire pour mieux situer le contexte du premier épisode.

L’histoire
La série est inspirée du roman Interior Chinatown de Charles Yu, qui a remporté plusieurs prix en 2020. Cet ouvrage dénonce les stéréotypes racistes associés aux Asiatiques en Occident, notamment à travers l’industrie cinématographique hollywoodienne. Écrit sous forme de scénarios, le livre explore les rôles marginaux que les Asiatiques se voient souvent attribuer à l’écran. C’est pour cette raison que la série met en scène des personnages très secondaires.
Dans les années 80 et 90, les rôles offerts aux acteurs asiatiques se limitaient souvent à de la figuration ou à des personnages de l’arrière-plan. Ce manque d’opportunités a poussé des talents comme Ke Huy Quan (récompensé récemment pour Everything Everywhere All at Once) à mettre temporairement leur carrière d’acteur entre parenthèses. Les rares personnages principaux asiatiques, comme ceux interprétés par Jackie Chan (Rush Hour) ou Jet Li (Roméo doit mourir), étaient systématiquement cantonnés au stéréotype du “kung fu guy”.

Synopsis
Interior Chinatown suit l’histoire de Willis Wu, un personnage de second plan coincé dans une série policière fictive intitulée Black & White. Willis occupe des rôles d’arrière-plan, comme serveur, tout en rêvant d’échapper à sa condition pour accéder à un monde au-delà du Chinatown. Lorsqu’il devient témoin d’un crime, Willis découvre un réseau criminel, des secrets de famille enfouis et ce que cela signifie de se retrouver, pour une fois, sous les projecteurs.

Les personnages
Willis, interprété par Jimmy O. Yang (Love Hard), incarne bien les rôles d’arrière-plan qui lui sont attribués : serveur, livreur ou informaticien. Son rêve est d’obtenir un rôle principal, celui du “kung fu guy”, à l’instar de son grand frère disparu depuis des années. Ce drame familial affecte profondément ses relations, notamment avec son père (Tzi Ma, Rush Hour), qui idolâtrait l’aîné, et sa mère (Diana Lin, The Farewell), fatiguée de son rôle traditionnel de femme au foyer.
Fatty, le meilleur ami de Willis, est interprété par Ronny Chieng (Crazy Rich Asians), qui reste fidèle à son habitude de jouer des personnages peu sympathiques. Fatty est un serveur blasé, qui passe ses journées à fumer du cannabis et à stagner dans une vie sans ambition.
Lana Lee (Chloé Bennet, Agents of S.H.I.E.L.D.) est une policière spécialiste du Chinatown, bien qu’elle connaisse très peu la communauté qu’elle est censée comprendre. Elle fait équipe avec Willis, lui proposant de l’aider à retrouver son frère en échange de son assistance pour résoudre des enquêtes.
Les stéréotypes
Bien que la série soit une satire, je trouve que les premiers épisodes accentuent maladroitement certains stéréotypes asiatiques, ce qui peut être dérangeant. Par exemple :
- La famille de Willis vit dans un appartement délabré du Chinatown, renforçant le cliché des communautés immigrantes vivant dans des conditions précaires.
- Les emplois représentés sont typiques des stéréotypes asiatiques : Willis travaille dans le restaurant familial, soumis et sans jamais se plaindre.
- Fatty incarne le stéréotype du mauvais service dans les restaurants asiatiques, allant jusqu’à rudoyer les clients.
- Tous les personnages masculins asiatiques semblent avoir une base en arts martiaux et aspirer à être le “kung fu guy”.
Je reconnais que la série cherche à dénoncer ces clichés, mais je m’interroge sur la pertinence de les reproduire à l’écran de manière aussi insistante.

Mon avis
Bien que j’aie beaucoup apprécié des séries comme Beef et American Born Chinese, je dois avouer que je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages ou à l’histoire d’Interior Chinatown après cinq épisodes. Jimmy O. Yang, malgré son talent, n’a pas réussi à captiver mon attention, et le caractère antipathique de Fatty rend le visionnage parfois laborieux.
Cependant, je garde espoir que la fin de la série apportera une conclusion satisfaisante. Si je poursuis le visionnage, c’est avant tout pour encourager Hulu et Disney à financer davantage de productions mettant en valeur des récits asiatiques en Amérique.
Interior Chinatown sera disponible sur Disney+ le 19 novembre 2024.